124 clandestins débarquent sur les côtes de Corse

Publié le par Jacques Casoni

Sans-papiers et se disant Kurdes de Syrie, ils ont été retrouvés au sud de l’île avec 38 enfants et  9 nourrissons.

 

Ils espéraient débarquer en Suède ou en Norvège. C’est sur une crique de rêve, proche de Bonifacio, que les 124 clandestins ont été abandonnés. Un long périple dont les étapes, encore floues, commencent à se dessiner comme une errance à travers les pays du Maghreb et du Proche-Orient. « Certains disent avoir fait un court séjour en Turquie. D’autres ont été transportés de Jordanie jusqu’en Tunisie à bord d’un camion-citerne », affirme une traductrice ayant passé la nuit auprès d’eux. Pourtant, les vêtements sont propres. Les visages rasés. Et les bébés bien portants.

 

Incompatible avec de telles conditions de transport. Ni avec l’éventualité d’un séjour de 48 heures sur la plage de Paragnano avant d’être découverts. Alors les autorités poussent leurs investigations. La première piste est celle d’un cargo russe qui les aurait pris en charge en Tunisie. Mais des vérifications faites sur ce navire en Italie « n’ont pas apporté d’élément probant » selon Thomas Pison, le procureur de la République à Ajaccio. Il semble que l’enquête porte désormais sur un navire ukrainien amarré à Fos-sur-Mer, près de Marseille. Il croisait dans les bouches de Bonifacio dans la nuit de jeudi à vendredi et pourrait avoir débarqué les 124 personnes. Probablement avec l’aide de petites embarcations.

 

Après avoir passé une courte nuit dans un gymnase de Bonifacio, tous ont été évacués sans trop de résistance, samedi au petit matin. Ils ont été répartis dans des Centres de rétention administrative (CRA) du Continent où leur demande d’asile sera étudiée. Ils n’imaginaient certainement pas une telle issue lorsqu’ils ont versé entre 2 500 et 10 000 euros à leurs passeurs.

 

L’été Bonifacio grouille de personnalités. L’hiver, elle est une ville endormie sur sa falaise. Telle une sentinelle surplombant l’un des détroits les plus fréquentés au monde. Mais la pointe sud de la Corse est le premier bout de France que les navigateurs aperçoivent en venant du Maghreb. Et c’est peut être comme cela que la voient désormais les passeurs.

 

Alors le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, craint un effet de contagion après ce débarquement : « On le sait, l’Italie a renforcé la surveillance de ses côtes. Nous sommes en droit de nous demander si nous n’allons pas récupérer les flux de migrants. Il va falloir taper très fort sur ceux qui font commerce de la misère pour les dissuader de recommencer ».

 

Mais sur le port de plaisance, désert, les cafetiers restent plus mitigés. Pour André, leur arrivée en Corse est « simplement un hasard. Les passeurs ont dû avoir un problème et les abandonner sur cette plage à-la-va-vite ». Paul, lui non plus, ne voit pas « la Corse devenir une nouvelle Lampedusa. La route italienne ou celle de Malte sont devenues plus compliquées, mais nous sommes géographiquement beaucoup trop au nord. La vraie question, c’est comment les autorités n’ont pas vu qu’un cargo stationnait au large ? » La Sardaigne n’est qu’à douze kilomètres et l’importance du trafic maritime en fait une zone très surveillée. En théorie.

Publié dans La Croix

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