124 clandestins échouent au sud de la Corse

Publié le par Denis Nicolaï

Ils ont été retrouvés dans une crique proche de Bonifacio, sans que l’on sache d’où ils ont pu arriver.

 

Sur la plage de Paragnano, il n’y a plus que les restes d’un campement de fortune. 5 foyers encore fumants, quelques chaussettes et des couches. 124 naufragés y ont passé au moins une nuit. Peut-être 48 heures. Ce n’est qu’hier matin qu’une trentaine d’entre eux s’aventurent hors de la crique.

 

Alertés, les gendarmes de Bonifacio parviennent jusqu’à la plage, à une dizaine de minutes du centre ville. Une centaine de personnes attendent. Parmi elles, 38 enfants, 5 femmes enceintes et neuf nourrissons. Tous sont rapidement emmenés au chaud dans le gymnase de la ville. « Je suis Kurde. Je veux aller à l’école. Je veux un passeport ». C’est tout ce que dira Ibrahim, la quarantaine. Mal rasé mais en bonne santé. La chaleur du Cosec et quelques cafés, lui ont redonné le sourire.

 

Mais surtout, la présence des associations caritatives locales. Depuis neuf heures du matin, Jeannine Andreani attend les naufragés. Elle a eu le temps d’acheter jouets et couvertures. Ce qu’elle découvre ce sont « des personnes méfiantes. Qui ne parlent pas, mais dans un état de santé relativement bon. Ils sont même plutôt bien habillés ». Preuve que leur périple n’a pas été trop long. Sans trop d’encombres. Seul souci de santé majeur, l’une des femmes enceintes a été atteinte d’un malaise et transportée à l’hôpital de Bonifacio.

 

Comme tous les humanitaires présents, Jeannine a du mal à se rendre compte. C’est bien la première fois que des boat people posent le pied sur une plage de Corse. Et ils sont sans papiers. Difficile de retracer leur périple, même si certains auraient confié être arrivés de Tunisie. Impossible encore de savoir comment ils ont rejoint l’île de Beauté. En bateau à coup sûr, mais aucune trace d’embarcation n’a été retrouvée.

 

De toute façon, ce n’est pas Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio qui souhaite apporter les réponses. « Mon seul souci est de répondre à un problème humanitaire face à la détresse de ces personnes. Je dois assurer ici ce que la Corse a toujours fait en matière d’accueil. En trouvant la solution la plus appropriée ». Une solution qui pour l’instant se borne à l’arrivée de lits de camp et de sacs de couchages. Des pièces de vie sont aussi aménagées à la hâte, pour quelques instants de détente. Entre deux entretiens avec les enquêteurs. D’autres préfèrent se tenir à l’écart, tranquillement installés sur les gradins du gymnase. Et puis il y a ceux qui tentent de capter une bouffée d’air. Ou plutôt de nicotine. Trois hommes rasés de près ont eu le loisir de sortir fumer une cigarette.

Publié dans Le Figaro

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