Mugabe éclipse les discussions

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

À Lisbonne, l’objectif était de discuter d’accords économiques entre les deux continents, mais la présence de Robert Mugabe, exigée par les autres pays africains, a terni le climat du sommet en raison des soupçons de violations des droits de l’homme par le Zimbabwe.

Invité imposé. Et plutôt imposant. Le président zimbabwéen Robert Mugabe n’a cessé de se faire remarquer au cours du deuxième sommet Europe-Afrique organisé la fin de semaine dernière à Lisbonne. Critiqué pour ses violations des droits de l’homme, ce vétéran de la guerre d’indépendance du Zimbabwe s’est fâché avec le Premier ministre britannique Gordon Brown.
 
Avant même la tenue du sommet. La Grande-Bretagne avait alors annoncé qu’elle boycotterait la rencontre si le chef d’État africain était présent. Le chancelier de fer a mis ses menaces à exécution. L’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont pris le relai des critiques formulées par Gordon Brown. Ce qui n’a évidemment pas plu à Robert Mugabe. «La bande des quatre ‘‘pro-Gordon’’ pense vraiment mieux connaître le Zimbabwe que les autres africains. C’est le genre d’arrogance et de complexe de supériorité que nous combattons », a souligné le chef d’État. «Pourquoi le Premier ministre de Grande-Bretagne n’est-il pas là? Parce qu’il a ses porte-parole ici!» a-t-il ajouté en désignant les quatre pays. Offensif.
 
Zone d’influence
Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel y allait de sa critique. «Le Zimbabwe nous inquiète tous, en Europe et en Afrique. La situation de ce pays nuit à l’image de la nouvelle Afrique», lançait la chancelière. Immédiatement recadrée par le président sénégalais Abdoulaye Wade: «Qui peut dire que les droits de l’homme sont davantage bafoués au Zimbabwe que dans d’autres pays d’Afrique? Nul ne peut dire une chose pareille.»
 
Le sommet, assombri avant même son ouverture, n’a pas produit de réelle avancée. Il avait pour objectif de définir un nouveau partenariat stratégique entre l’Afrique et les 27 pays de l’Union européenne (UE), à l’heure où la Chine investit de plus en plus sur le continent noir en élargissant sa zone d’influence. Cette intrusion dans la «cour» de l’UE a renforcé la confiance des pays africains qui voient une occasion de mettre leurs ressources en valeur. Mais piqué au vif les partenaires européens traditionnels. L’Empire du milieu tend lui aussi à s’imposer.

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