L'abbé Pierre laisse un vide

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

"Crosse en l'air ou bien fleur au fusil", sa marionnette des Guignols de l’info était là. Elle aussi. Des extraits de l’émission satirique passent en boucle et arrachent des rires à cette soirée dédiée au recueillement et au souvenir. « Castor méditatif » est mort et les Compagnons d’Emmaüs ont investi jeudi soir le Palais omnisport de Paris-Bercy (POPB) pour lui rendre un dernier hommage. Laïc, celui-ci.
 
Dehors, sur le parvis, le froid est saisissant. Dans la salle, le vide est marquant. Pas celui qui a été laissé par la personnalité préférée des Français mais par l’absence du public. Bercy était trop grand. Sur les 12 000 personnes attendues par la préfecture de police, seules trois à quatre mille avaient répondu au dernier appel de l’homme au béret. Et de la société organisatrice de spectacles, OLIPS…
 
Dès 19 heures, les fidèles de l’abbé commençaient à se réunir devant les grilles du POPB, mais trouvaient porte close. « C’est un événement qui n’était pas prévu, explique un membre de l’organisation. En plus dans l’après-midi, la salle accueillait le congrès du Medef et il faut tout remettre en place ».
Au total, une demi-heure d’attente avec une température proche de zéro. Déçus certains partent. D’autres font preuve de philosophie. « On serait venu même si c’était payant, s’exclame Joseph Bentura. Mais dès que c’est gratuit, c’est mal organisé. On n’est pas là pour voir un spectacle ».
 
Derrière lui, un petit groupe se réchauffe en chantant. Des « merci l’abbé » montent et se mêlent aux chants religieux. Ils viennent confirmer l’intérêt d’une telle manifestation : permettre à tout le monde de rendre un dernier hommage à celui qui a su forcer leur respect.
 
« Inventif et indispensable »
Que l’on soit Parisien ou non. Français ou non. On est venu de loin pour cette cérémonie. Les responsables d’Emmaüs international des 39 pays dans lesquels l’association est représentée ont fait le déplacement. « C’est tout de même grâce à lui si notre organisme en est là, souligne Efisia Mangiacotti, venue de Belgique avec sa sœur Nunzia. C’est un grand personnage, qui a pris conscience de ce qui allait arriver avant tout le monde ». Et ses Compagnons le lui rendent bien. Ils étaient en effet plus de 3 000 à être attendus jeudi soir. On imagine aisément qu’ils constituaient la majorité des personnes présentes.
 
Bien entendu, des personnalités tenaient à être là. Dans la discrétion pour les uns. Face aux caméras pour les autres. « Il a suscité chez moi une admiration et une émotion permanentes, a précisé Bernard Kouchner. Il m’a touché et me touche encore par son caractère d’inspirateur ». Pour le comédien Lambert Wilson, qui a incarné l’abbé Pierre dans le film Hiver 54, « il manque déjà. Mais quand on s’approche de lui, il reste en vous pour toujours. Et il est en nous car il nous a appris à ouvrir les yeux sur des choses qui ne sont pas agréables à regarder ».
 
Mais le plus vibrant hommage était celui des Compagnons qui se sont relayés sur la scène. À l’image de Bernard, tout petit au milieu des six écrans géants installés pour diffuser des images de l’abbé Pierre. « Je te dois tout ce que je sais. C’est pourquoi je viens te monter notre respect et notre amour », a-t-il prononcé d’une voix tremblante. L’écho d’une salle dépeuplée répondait aux applaudissements.
 
Le guide d’Emmaüs s’en va mais ne laisse pas ses fidèles sans espoir pour autant. « Si par hasard l’association venait à perdre en affection, elle demeurera un organisme inventif et indispensable », assure Bernard Kouchner. Pour Blanche, venue spécialement d’Asnières, « malgré sa santé tout tient depuis 1954. Il n’y a pas de raison que ça s’arrête car tout ce qu’il a vécu a eu une portée résonnante pour nous tous ». Non, l’abbé Pierre n’aura pas été qu’une marionnette.
 

Publié dans Articles CFJ

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