Le manque d'oxygène fatal aux poissons de l'étang de Biguglia

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Elles étaient sans doute plusieurs milliers à avoir entamé leur migration. Les anguilles de l’étang de Biguglia voulaient ce week-end quitter leur plan d’eau pour rejoindre la mer. Elles se sont heurtées à un passage infranchissable. « Le grau, l’embouchure de l’étang, était fermé. Et elles ont commencé vendredi à redescendre en direction de la mer », affirme un pêcheur. « Elles se sont alors agglutinées et mises en boule avant de mourir, sans doute par manque d’oxygène ». Hier matin, quelques dizaines de spécimens étaient encore échoués le long des berges. D’autres, plus rares, flottaient à la surface.

 

Le phénomène a été constaté tout le week-end par différents pêcheurs et baigneurs du cordon lagunaire. Tout a été retiré lundi matin par les agents de la réserve naturelle de l’étang de Biguglia. « Il y en avait 200 à 300 kilos », selon les pêcheurs. « Seulement quelques dizaines de kilos », pour le directeur de la réserve, Georges Valentini.

 

« Pas de pollution dans l’étang »

Mais si il y a un désaccord entre les deux parties sur les causes et les espèces concernées, tous se retrouvent sur une chose : « L’étang de Biguglia n’est pas pollué ! » Du côté des autorités, les migrations d’anguilles ne semblent pas en jeu. Et les populations touchées concernent « quelques athérines et des petites dorades », précise Georges Valentini. Il avance même une autre explication à cette importante mortalité. « En été, le plan d’eau est moins approvisionné en eau douce. Son niveau baisse et sa température augmente.

 

Des algues se développent alors en surface ce qui entraîne une surproduction de phytoplancton. D’autres algues meurent et les bactéries qui servent à leur décomposition se multiplient ». La combinaison de ces différents facteurs a une conséquence importante : il y a moins d’oxygène dans l’eau. Les poissons s’asphyxient.

 

Préserver la biodiversité

« C’est rare mais ça arrive dans tous les étangs du monde, poursuit Georges Valentini. Cela est dû au fait que nous sommes face à un milieu confiné ». En effet, l’étang de Biguglia alimenté en eau douce par le Golo ou le Bevinco, n’est relié à la mer que par une étroite embouchure. Et il arrive régulièrement qu’elle soit fermée au gré des courants marins. Ou bien des apports conséquents d’eau de rivière.

 

Les pêcheurs considèrent que le grau doit être ouvert en permanence pour permettre aux espèces de circuler. « Une pratique qui favorise le braconnage, explique Georges Valentini. Mais surtout, le laisser ouvert en permanence modifie la part d’eau salée dans les eaux saumâtres. Des espèces peuvent ainsi disparaître. Il est dangereux de jouer sur la biodiversité. »

 

Mais les agents du parc éprouvent de grandes difficultés pour gérer la seule entrée d’eau de mer sur le plan d’eau de Biguglia. « L’hiver, il reste ouvert naturellement avec les importants apports d’eau de pluie. Mais de février à juillet, notre priorité est de l’ouvrir tous les matins à 6 heures », insiste Georges Valentini. Mais l’étang se referme parfois en l’espace d’une matinée. C’était le cas hier. Et durant tout le week-end.

Publié dans Corse-Matin

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