40 ans de travail au blanc

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Attentive et appliquée. Cela fait quarante ans qu’elle reproduit les mêmes gestes. Empile ses nappes au cordeau. « Comme on m’a appris à le faire ». Debout devant une repasseuse-plieuse de la blanchisserie Roncaglia, Annonciade Consalvi a fait preuve d’une fidélité rare dans le monde du travail. « J’ai commencé ici à l’âge de 15 ans et demi, le 15 juin 1967 », le jour où une de ses amies lui a dit que Corse pressing embauchait quelqu’un.

Depuis, Annonciade ne s’est quasiment jamais arrêtée de travailler, au point d’avoir passé « plus de temps ici que chez elle », sourit Rose-Marie Roncaglia, sa patronne. Sa seule interruption est due à un incendie des locaux. Chômage technique de trois ans. Même pour son mariage, la fête a été organisée, « en trois jours » dans les locaux de la blanchisserie.

Car cet établissement semble être toute sa vie. Et à bientôt 55 ans, lorsqu’elle envisage la retraite, Annonciade ne peut s’empêcher d’avouer qu’elle « va s’ennuyer ». Tout comme lorsqu’elle part en congé. « Jamais plus de 15 jours ». De toute façon et en cas de besoin, « madame Roncaglia saura où me trouver lorsque j’aurai arrêté ».

« J’ai vu grandir la blanchisserie »

Une employée « fidèle et travailleuse » donc, mais « rouspéteuse » aussi, comme s’amuse son employeur. « C’est vrai que j’ai un sale caractère, mais, “ chien qui aboie ne mord pas ” », reprend Annonciade Consalvi. Et ses collègues de travail le savent bien. « Souvent elle râle quand les draps ne sont pas mis droits dans la machine », note Robila. « C’est parce qu’elle aime son métier et le travail bien fait », précise Saïd. Mais tous deux soulignent une gentillesse et une bonne humeur affichée « la plupart du temps... »

Et parlons-en du temps. Après deux générations de patrons, Annonciade a vu le matériel se moderniser. Et montre fièrement la façon dont la machine plie les draps, « alors qu’à l’époque nous étions trois à le faire » ; du temps où le fils du premier propriétaire, aujourd’hui son patron venait de naître. « Je l’ai vu grandir, comme la blanchisserie » ; et du temps qu’il ne faut pas laisser passer : « car s’il y a une chose à laquelle je tiens, c’est d’être à l’heure ». Aucun temps mort. Pas de « blanc » dans sa journée.

Publié dans Corse-Matin

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