Le sémaphore de Sagro, relais des vieilles tours génoises

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

La vue est imprenable. Et leur bureau ferait envie à tous les amoureux de la mer. Les guetteurs sémaphoriques du Cap Sagro bénéficient d’un regard à 180° sur l’entrée nord du canal de Corse. Depuis les îles Finocchiarola, jusqu’à la pointe d’Arco à la hauteur de Lucciana. Ce bâtiment de la Marine nationale, fait partie d’un ensemble de sept, soigneusement dispersés le long des 1 000 kilomètres de littoral que compte l’Ile de beauté. Et au-delà de son rôle militaire de surveillance des approches maritimes, cette unité remplit, pour l’essentiel de son action, des missions de service public.

« Il s’agit principalement d’assurer les suivi et contrôle du trafic maritime, explique le Maître principal Jean-Charles Cario. Ces attributions entrent dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine. Mais aussi d’apporter un concours aux opérations de sauvetage, comme cela a été le cas jeudi ». Le sémaphore d’Alistro était le premier à donner l’alerte après l’incendie à bord du Sardinia Express.

« Les yeux et les oreilles du préfet maritime »

« Mais il ne s’agit en aucun cas d’une régulation du trafic maritime. Nous avons un rôle de sécurité, pas de police. On ne donne pas d’ordre aux navires, insiste le Maître principal Cario. Car la mission des guetteurs est de relayer les informations qu’ils recueillent aux autorités compétentes (douanes, affaires maritimes, gendarmes, SNSM...). C’est elles qui prennent ensuite les mesures nécessaires. « On ne fait que rendre compte. Nous sommes en quelque sorte les yeux et les oreilles du préfet maritime », sourit l’officier.

Au total, ils sont neuf marins à se relayer par tranches de 48 heures. Aidés d’un radar, ils prennent contact avec tout navire entrant dans leur zone afin qu’il s’identifie. Pour ensuite l’enregistrer dans une base de données. Et la tâche est rude en été. Près de 100 navires de commerce y pénètrent chaque jour. « Le plus gros du trafic est la nuit, explique le second maître Corinne Dumas. Il y a deux jours j’ai eu une pointe de 25 navires en deux heures, dont près de la moitié à identifier ».

Et le canal de Corse, c’est le point de passage de 22 000 bateaux de commerce. Pour 35 millions de tonnes de produits dangereux transportés. Les guetteurs jouent un rôle actif dans la protection de l’environnement marin et de ses ressources. Ils procèdent aussi à des relevés météorologiques.

Le sémaphore de Sagro fait partie d’une chaîne unique en Europe. Les pays anglo-saxons ayant préféré adopter un système de surveillance centré sur l’action des gardes côtes. « Cela est dû à des raisons historiques, rappelle Jean-Charles Cario. Napoléon avait repris à son compte les emplacements des tours génoises. Notre patrimoine a ainsi été adapté aux attentes modernes ». Et ainsi offrir un beau bureau aux marins qui souhaitent garder un œil sur la mer. Tout en restant à terre.

Publié dans Corse-Matin

Commenter cet article