Retour au calme avant la "tempête safran"

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

La junte militaire semble contenir depuis quelques jours le soulèvement des bonzes au Myanmar, ancienne Birmanie, mais la colère du peuple serait immense et le pouvoir n’aurait obtenu qu’un répit selon certains analystes et diplomates.


Après trois jours de violents affrontements en milieu de semaine dernière, les rues de Rangoon se sont vidées. Aucun attroupement n’est plus signalé. Il faut dire que les forces armées ont quadrillé les rues et encerclé les différents monastères bouddhistes, principaux lieux de départs des protestations. Mais après ces journées de chaos dans les avenues de l’ancienne capitale du pays, le mouvement de protestation paraît s’essouffler.

 


Pourtant, «la poussière est loin d’être retombée», a confié un diplomate britannique à l’AFP. «Même s’il y a une baisse d’intensité des combats, la plupart des Birmans pensent que ce n’est pas fini». Une analyse partagée par Win Min, un Birman réfugié en Thaïlande, pour qui «la colère s’est ajoutée à l’indignation après la violente répression à l’encontre de moines immensément respectés». Les bonzes bouddhistes avaient pris la tête, le 19 septembre, du mouvement de protestation contre une augmentation massive des prix au Myanmar. Donnant le nom de «safran», de la couleur de leurs vêtements, à la «révolution» en cours.

 


Les 26 et 27 septembre, les forces de sécurité birmanes ont choisi de disperser les manifestants en tirant, parfois à balles réelles, sur des civils et des moines, causant le décès d’un journaliste japonais. Officiellement, 13 morts sont dénombrés mais les gouvernements occidentaux pensent que le chiffre est plus élevé. Et selon la commission asiatique des Droits de l’homme, près de 1.200 personnes, dont 700 moines, auraient été incarcérées.


Chape de plomb

D’ordinaire, les généraux qui dirigent le Myanmar restent sourds aux appels internationaux. Et vivent retranchés dans leur nouvelle capitale-bunker, Naypiydaw, construite de toutes pièces dans la jungle. Mais devant l’ampleur des protestations à travers le monde, ils ont rapidement accepté de recevoir un émissaire des Nations-Unies : le Nigérian Ibrahim Gambari.

 


Ce dernier a pu s’entretenir dimanche avec l’opposante et prix Nobel de la paix Aung Sun Suu Kyi. Assignée à résidence par la junte militaire depuis 18 ans, elle est devenue le symbole de la lutte contre le régime.

 


L’envoyé onusien se serait aussi entretenu, samedi 29 septembre, avec le chef de la junte Than Shwe après un déplacement à Naypiydaw. Il a accepté de s’y rendre «à la seule condition de s’entretenir avec le responsable du régime en place», selon un communiqué des Nations-Unies. On ne sait pas si cette rencontre a pu avoir lieu. Mais les informations qui filtrent du Myanmar sont rares. Internet a cessé de fonctionner brutalement. La coupure aurait été ordonnée par la junte pour empêcher la diffusion de photos et vidéos de la répression. « Désormais, tout se déroule à huis-clos en Birmanie », déplore un membre de Reporters sans frontières. Le Myanmar est comme placé sous une chape de plomb.

Commenter cet article