L'Afrique, une mal traitée de l'information

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Conflits ethniques, catastrophes naturelles et famines. Le tout agrémenté de stéréotypes soigneusement distillés dans le but, à moitié avoué, de faciliter la compréhension du public. Tel semble être le lot de nouvelles qui ressort à chaque fois que l’Afrique apparaît dans les médias. Le continent ne serait pas alors un oublié des journaux, mais un mal traité de l’information.

 

Les statistiques sont là pour confirmer les faits. « Dans les journaux télévisés français et au cours de l’année 2003, l’Afrique arrive en cinquième position en ce qui concerne le nombre de sujets présentés. Derrière l’Europe, le Proche-orient, les États-Unis et l’Asie », note Karine Boucher de la société Peaktime, éditrice de logiciels pour les médias.

 

Alors, à qui la faute ? Aux médias ? , qui ramènent « toujours le lecteur vers ce qu’il connaît » et abusent des raccourcis si l’on en croit Colette  Breackman, journaliste pour le quotidien belge Le Soir. Aux États ? , qui n’ont pas pu – ou pas voulu – faire en sorte que les technologies de l’information assurent une couverture égale de toutes les zones de la planète. Et que l’Afrique et les pays dits du « Sud », puissent bénéficier d’un traitement identique aux autres.

 

Mais les responsables de ce déséquilibre ne sont-ils pas les Africains eux-mêmes. C’est en tout cas la question que se posent les dirigeants du continent, comme le souligne Salim Loné dans Afrique Relance, une parution des Nations unies. Dans un article intitulé « L’Afrique doit améliorer son image », il revient sur une conférence internationale destinée à améliorer l’image des pays africains dans les médias. « Le but ne pourra être atteint, dit-il, que si l’Afrique commence par mettre de l’ordre dans sa maison ».

 

Il y aurait donc une prise de conscience de la part de responsabilité africaine dans cette distorsion de l’information. « Créer une image de soi plus positive en Afrique même est bien plus important que de s'attaquer à l'image médiocre que donnent les médias occidentaux », assure Ekwow Spio-Garbrah, ancien ministre ghanéen des Communications. Il faut remédier aux faiblesses internes de l’Afrique (corruption, mauvaise gouvernance…), avant de s’en prendre aux éléments extérieurs qui freinent son développement.

 

Oui l’existence de reportages malhonnêtes ou stéréotypés à la vie dure en Afrique. Oui « le "journalisme à catastrophes" représente une grande part de l'image que les médias occidentaux donnent de l'Afrique », précise Salim Lone.

 

Mais le journaliste des Nations unies tient aussi à souligner l’importance des médias « du Nord » dans le développement du continent, à travers les propos d’un ancien rédacteur en chef kényan, Joe Kadhi : « il est impossible de douter que le puissant mouvement démocratique et le souci de respect des droits de l'homme qui se sont affirmés à travers toute l'Afrique auraient pu perdre de la vitesse sans les articles que les médias occidentaux leur ont consacrés ».

 

Et si l’on en croit Michèle Léridon, journaliste au secteur Afrique de l’AFP, si ce continent a une mauvaise image dans les médias, « c’est qu’il est particulièrement mal loti et confronté à plus de problèmes que de solutions ». Malheureusement, l’adage journalistique « Bad news, is good news » s’applique à tout le monde. Même l’Afrique.

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