Washington, source d'infos pour les journalistes

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

 

Un journaliste pour 65 habitants. Washington est l’une des plus grandes concentrations de professionnels de l’information au monde. Une situation plus que normale si l’on considère que la capitale des États-Unis reste le principal centre de décision mondial en matière politique. Mais ce qui fait l’actualité de cette ville, si calme en apparence, est essentiellement issu de l’administration présidentielle en place et donc de la Maison-Blanche. Et en tout, 8.500 journalistes basés à Washington, cherchent à obtenir des informations à partir de la même poignée de sources officielles. Celles-ci semblent en position de dicter leurs conditions, mais ce n’est pas tout à fait le cas.

 

« Tu veux de l’info ici ? Tu en as ! », lance Joyce Napier correspondante à Washington pour Radio-Canada. Ce serait même un « problème », pour son confrère Philippe Gélie, chef de bureau pour le quotidien français Le Figaro : « Je reçois environ 150 mails par jour et la difficulté c’est de faire le tri dans toute cette masse d’information. C’est un challenge à la limite du gérable, car des fois on va trop vite et on en laisse passer. Ce n’est pas le genre de pays où un journaliste s’ennuie ».

 

Il y a donc de l’info. Beaucoup d’info. Les think tanks, ces groupes de discussion entre experts, produisent chaque année un nombre incalculable de rapports, sur tous les sujets touchant de près ou de loin à la politique américaine ou les sciences sociales. Les lobbies, dont le rôle est de tenter d’influencer les parlementaires de Washington, n’ont de cesse d’alerter les médias sur les sujets qui leur tiennent à cœur. Enfin, la ville et le pays produisent eux-mêmes leur propre actualité, étrangère à la vie politique.

 

La difficulté semble plutôt être du côté de l’accès aux sources officielles, car comme dans toutes les grandes capitales, « un correspondant n’est jamais en position de force », note Philippe Gélie. Et tous les journalistes étrangers l’admettent, il est impossible d’obtenir une interview avec Condoleezza Rice, même si la question est en rapport avec leur pays d’origine. « C’est une politique non écrite du Département d’Etat américain », assure même Philippe Gélie.
Courroie de transmission

Et cette politique se fait même parfois plus durement ressentir, selon le média pour lequel un reporter travaille. Abderahim Foukara, chef de bureau de la chaîne de télévision Al-Jazeera à Washington en sait quelque chose. « L’accès aux sources officielles est très difficile, mais chez nous, je crois que c’est surtout dû à notre traitement du conflit en Irak,  plus nuancé que celui offert par les médias américains. Ce doit être aussi difficile pour les Français, perçus comme antiaméricains par l’administration Bush ». Même en retirant ses autocollants d’identification sur ses caméras, Al-Jazeera a au moins accès aux conférences de presse du Département d’État. Contrairement aux journalistes parisiens qui doivent se contenter des conférences aseptisées, données par des attachés de presse, au Foreign Press Center.

 

« Les hauts responsables politiques viennent tout de même dans nos émissions, mais uniquement si il y a un intérêt pour eux », nuance Jessie Elmurr, membre du bureau Al Jazeera-Arabic à Washington. Et pour Corinne Lesnes, correspondante pour le journal français Le Monde, « cela dépend parfois de l’administration concernée et de la personnalité de celui qui la dirige. Au Pentagone par exemple, une fois que l’on a identifié la bonne personne, c’est simple d’obtenir une entrevue. Mais c’était différent sous Powell ».

 

Ce sont donc les interlocuteurs qui manquent, et le « danger, c’est de reproduire l’actualité que l’on lit dans les journaux américains », précise Corinne Lesnes. Ou bien de se laisser influencer par une information estampillée « gouvernement américain », tant l’administration ne peut – ou ne veut – répondre aux multiples demandes. Elle peut donc être tentée d’influencer les médias, notamment à travers des blogs. Mais « le journaliste qui se dit biaisé à Washington ne fait pas correctement son travail, précise Joyce Napier. D’accord il n’aura pas accès aux sources officielles, mais il y aura tant d’autres personnes qui pourront lui répondre que sa vision ne sera pas déformée ».

 

L’intérêt du correspondant à Washington est alors de se détacher de l’information gouvernementale. Car comme l’explique Richard Latendresse, journaliste pour la chaîne canadienne TVA, « il faut éviter d’être la courroie de transmission de l’administration Bush en ne relatant que ce qui se passe au Congrès ou à la Maison-Blanche ». Une vision partagée par Philippe Gélie pour qui le correspondant n’est pas là pour faire « les news du jour comme le fait l’AFP ». Le but est alors de devancer, parfois en raison du décalage horaire, les demandes des rédactions. En recherchant une valeur ajoutée au flot d’information ou en se détachant de l’actualité politique. « Et là, assure Philipe Gélie, on a un accès total à l’enquête ».

 

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