Alain Spadoni mène la guerre des successions

Publié le par Jacques Casoni

Président de la chambre des notaires de l’île, il veut mettre fin au désordre juridique induit par l’arrêté Miot de 1801 sur les biens immobiliers.

 

Entre deux plaques de notaire en bronze, un ballon d’or. Il trône derrière le fauteuil d’Alain Spadoni. Mais cet ancien gardien de football n’a qu’un seul but, « rendre leur terre aux Corses ». Une phrase choc comme il les aime, même s’il ne cache aucune velléité nationaliste sous ses cheveux gris soigneusement coiffés en arrière. Il n’est pas « engagé politiquement ». Simplement un « technicien » du droit.

 

Depuis 1981 et son arrivée à la tête du Conseil régional de l’ordre, il constate que « beaucoup de gens sont propriétaires de terres ou de maisons sans pouvoir en apporter la preuve ». En cause, un texte adopté par André-François Miot, Gouverneur de l’île sous l’Empire. Au mois de Prairial, il décidait d’exonérer les Corses de leurs droits de succession. Et d’abroger les sanctions si l’héritage n’est pas déclaré. Deux-cents ans après, l’arrêté est toujours en vigueur, jusqu’à la fin de l’année 2012.

 

« Le problème, c’est que ceux qui veulent régler une succession, n’apparaissent pas sur le titre de propriété. Et ne peuvent ni le rénover, ni le vendre, ni faire une donation. Résultat, des milliers de maisons en situation d’indivision s’écroulent dans nos villages ! » Impossible de chiffrer précisément. Alors il veut arrêter le massacre et comme tout bon notaire, il se sert de l’image de l’arbre. Celui qui de branche en branche donne vie aux générations : « Le patrimoine immobilier est la racine d’un peuple. Si on coupe cette racine, le peuple meurt ».

 

Son engrais, c’est le GIRTEC. Le Groupement d’intérêt public pour la reconstitution des titres de propriété en Corse. C’est un peu le bébé d’Alain Spadoni. Il s’est battu pendant 25 ans pour finalement obtenir sa création en 2006. « Une boîte à outils à la disposition des citoyens », comme il dit. « C’est pas la lampe d’Aladin, mais il aide gratuitement ceux qui veulent retrouver un bien et chercher les autres propriétaires éparpillés dans la nature ». Parfois même jusqu’au Venezuela.

 

Pourtant, il n’a pas attendu le GIRTEC pour entamer son travail. Avec une poignée de notaires il a pris de l’avance et depuis 2001, 6 000 titres de propriétés ont été reconstitués en Corse, au risque de s’attirer les foudres des pourfendeurs de la spéculation immobilière. Nationalistes en tête. « Les biens que nous titrons sont à l’intérieur des terres, pas en bord de mer où les prix flambent », affirme-t-il. Le notaire ajaccien se surprend même à parler de lui à la troisième personne. « Alain Spadoni est au service de la Corse et des Corses depuis qu’il a les yeux ouverts. Si le GIRTEC est contraire aux intérêts de l’île, je lui mets le feu tout de suite ! ». Il prend alors le même regard que ses soldats napoléoniens. De plomb.

 

 

Publié dans La Croix

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