Antoine Nivaggioni tué en pleine rue à Ajaccio

Publié le par Denis Nicolaï

Cet ancien militant nationaliste, proche d’Alain Orsoni et poursuivi pour détournements de fonds.

 

CRIMINALITEPrès de 20 coups de feu tirés. A deux cents mètres d’un lycée. Et à l’heure où les élèves entrent en cours. Antoine Nivaggioni quitte le domicile de sa compagne aux alentours de 9 heures. Comme il en a l’habitude. Il n’a que quelques pas à faire pour regagner sa voiture où un chauffeur l’attend, quand plusieurs hommes encagoulés surgissent et font feu. Un fusil d’assaut, un autre de chasse et un pistolet automatique sont utilisés. Trois armes comme autant de tireurs potentiels. La victime n’a pas le temps de riposter, mais se savait menacée. Le 11 mai dernier, à la même heure et dans le même quartier d’Ajaccio, l’ancien militant nationaliste est mis en joue par deux mystérieux individus. Ils prendront la fuite, sans tirer. Un avertissement ? Pas pour Gilles Leclair, coordonnateur des services de sécurité intérieurs de l’île : « Le commando d’hier est probablement le même que celui qui l’a raté au printemps. Il y a six mois, ils ont jugé qu’il y avait trop de monde pour commettre leur méfait. En tout cas, c’est le schéma classique du mode opératoire utilisé dans un règlement de comptes ».


La mort d’Antoine Nivaggioni viendrait donc compléter la série de meurtres qui frappe le milieu du grand banditisme insulaire. Et l’entourage d’Alain Orsoni, actuel président du club de football de l’A.C. Ajaccio, soupçonné d’être impliqué dans la vague d’assassinats en Corse-du-Sud. Les deux hommes étaient amis de longue date. Nationalistes de la première heure, engagés dès la fin des années 70. Ensemble, ils avaient fondé le M.P.A. (mouvement pour l’autodétermination) au moment de l’éclatement de la famille indépendantiste.


Des militants « durs » pour Gilles Leclair. Dans les années 90, ils quittent la Corse pour l’Amérique du sud alors que les membres des factions rivales indépendantistes s’entre-tuent. Nivaggioni se fait oublier et blanchir dans une affaire de meurtre. Il revient au début des années 2000. Fonde la S.M.S. (Société méditerranéenne de sécurité), et obtient, frauduleusement selon la J.I.R.S. de Marseille, le marché du gardiennage des aéroports d’Ajaccio et Toulon. L‘homme d’affaires, déjà gérant de plusieurs entreprises par le passé, est aussi soupçonné d’abus de bien sociaux. Près de 2 millions d’euros détournés. Directement sur son compte. Et qui lui vaudront 6 mois de détention préventive pour un procès prévu au mois de mars 2011. Un dossier tentaculaire de 40 000 pages où Antoine Nivaggioni se trouve, aussi, au centre d’une intrigue policière. La PJ le suspecte de collusion avec les Renseignements généraux de l’époque. Une liaison trouble qui expliquerait comment un homme inquiété pour meurtre, membre supposé du F.L.N.C. a pu bâtir une importante fortune grâce à une société de sécurité. Tout s’entremêle. Affairisme. Nationalisme. Banditisme. Trois milieux dont Antoine Nivaggioni avait poussé la porte. Et dans lesquels les enquêteurs doivent maintenant chercher la clé.

Publié dans Le Figaro

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