Bataille d’experts autour de la tuerie d’Agosta-Plage

Publié le par Denis Nicolaï

Dans la nuit du 11 au 12 août 2009, un adolescent de 16 ans tuait toute sa famille à coups de fusil près d’Ajaccio. Avocats et magistrats tentent toujours de savoir si Andy est pénalement responsable.

 

CORSE L’enchaînement des faits avait été défini en moins de vingt-quatre heures. Tout juste deux ans après, il est encore impossible de dire si Andy peut être jugé par une cour d’assises des mineurs. Le lendemain du quadruple meurtre, le jeune garçon s’était rendu à la gendarmerie de son village accompagné de son oncle et avait tout avoué. Après une nuit d’errance à travers le maquis qui entoure sa maison, il a expliqué aux enquêteurs avoir enfilé des gants en latex, s’être saisi d’un des fusils de son père, avant de tirer sur ses parents et ses deux frères jumeaux âgés de dix ans pendant leur sommeil. Acte prémédité ou folie meurtrière ? Les deux thèses s’opposent pour tenter de savoir si l’adolescent était conscient au moment des faits.

 

Dès décembre 2009, un collège d’experts, composé d’un psychiatre et d’un neuropsychiatre, se prononce pour un discernement aboli synonyme d’irresponsabilité pénale. Six mois plus tard au début de l’été 2010, une contre expertise est ordonnée à la demande du parquet et des parties civiles. Trois nouveaux médecins rendent un rapport qui sème le doute. L’un d’eux estime que le discernement est altéré. Suffisant pour le magistrat en charge du dossier pour demander le renvoi d’Andy devant une cour d’assises pour mineurs.

 

Mais le 3 août dernier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bastia a décidé de pousser un peu plus loin les investigations sur l’état mental du jeune homme. Et désigné deux nouveaux experts psychiatres. « Nous ne voyons pas trop ce que cela va amener !, tonne Me Marc Maroselli, l’un des trois avocats d’Andy. A force de nommer un médecin après l’autre, on va bien en trouver un qui va dire que l’adolescent est tout à fait normal et qu’il doit être renvoyé devant une cour d’assises ». Evidemment, lui et ses deux confrères Mes Romina Cresci et Jean-Charles Vincensini, n’approuvent pas la méthode. Pour eux, « quelles que soient les conclusions à venir, il y aura une nouvelle incertitude ». Quatre experts sur cinq ont déjà conclu au discernement aboli. « Imaginons que ce nouveau collège conclue dans le même sens, cela enfoncera le clou sans lever les doutes de la chambre de l’instruction, affirment les trois conseils. Au contraire, s’ils estiment que le discernement était altéré et qu’Andy est renvoyé devant une cour d’assises pour mineurs, cela n’effacera pas pour autant ce que les autres experts ont déjà écrit ».

 

L’extrême gravité des faits et certains éléments d’enquête pouvant laisser penser que l’adolescent à pu préméditer son geste met la justice dans l’embarras. D’un autre côté, aucun mobile. Pas un « embryon d’explication » pour Me Maroselli qui a « l’impression qu’on veut privilégier une sanction pénale sur toute autre décision. Mais si Andy est condamné, on prend aussi le risque de le laisser sortir au bout de sa peine, sans réels soins ». S’il n’est pas jugé, il est probable que le jeune homme ait à subir un internement d’office.

 

Aujourd’hui Andy, incarcéré à la maison d’arrêt de Borgo près de Bastia, rencontre régulièrement des médecins à sa demande. Depuis le début du mois de juillet, il a quitté le quartier de mineurs pour être peu-à-peu intégré aux autres détenus. Une mesure intervenue avec un peu de retard car le jeune homme bénéficiait d’une dérogation, mais cela ne rassure pas ses avocats : « Andy présente un risque de décompression accru. C’est quelqu’un qui, selon ses médecins, peut basculer très vite dans des comportements violents vis-à-vis des autres et de lui-même. Et sans aucun signe avant coureur de passage à l’acte ». Comme lors de la nuit du 11 au 12 août 2009, avant son geste insensé. Pourtant, le garçon aurait aujourd’hui « intellectualisé » ce moment. Mais il refuse d’en parler. Il semble occulter le passé pour se projeter dans l’avenir puisqu’il vient d’obtenir un baccalauréat S, mention assez bien. Et s’est inscrit pour suivre des cours de 1e année de médecine à distance. Il souhaite devenir dentiste.

Publié dans Le Figaro

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