Bijou(x) de famille

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Marie-Jo et Aurélia Costa sont mère et fille. Ensemble, sous l’impulsion de la maman, elles occupent leur temps libre à la création d’une ligne de bijoux : Da Caruccia. Elle est née il y a un peu plus d’un an. C’est un cordon plaqué-argent qui unit aujourd’hui les deux femmes.

 

L’atelier respire le soleil. Une petite chambre de leur villa sur les hauteurs de Bastia. Une table en verre pour ajouter de la lumière. Et laisser l’imagination de Marie-Jo Costa faire son travail. Cette conseillère principale d’éducation a « toujours eu envie de créer quelque chose ». Avant, elle dessinait des meubles que son menuisier réalisait ensuite. Mais, à 51 ans, elle doit porter ses premières lunettes. « Je n’étais pas habituée à les avoir avec moi et je les perdais tout le temps, s’amuse-t-elle. Du besoin naît l’idée ». Cette phrase est devenue son slogan en même temps qu’elle mettait au point le premier PPL : le pendentif porte-lunettes. Un petit morceau de métal conique dans lequel on glisse une branche de binocles. Pour toujours les avoir sous le nez à défaut de les porter sur son reniflant. Ou de les perdre de vue.


L’objet a mis un an pour être au point. « Maman refusait d’avoir à porter les cordons que l’on met autour du cou, s’amuse Aurélia. Elle trouvait que cela la vieillissait. Alors je l’ai vu pendant longtemps avec son prototype ; un coup il était en cuir, un coup en carton ». Et puis le plaqué-argent a emporté la décision. Une demande de brevet est déposée auprès de l’I.N.P.I. (Institut national de la propriété intellectuelle). Mais Marie-Jo n’a pas la patience d’attendre les 24 mois nécessaires à la validation. C’est Anne-Marie, une amie de sa fille qui s’occupe de lancer le site Internet. Quant au nom Da Caruccia c’est pour ses enfants qu’elle appelle « i mio caruccii ».


Le bouche-à-oreille fonctionne à mesure que la collection s’étoffe. Et chaque bijou a sa petite histoire, comme le bracelet « Ô fraté ! ».  « Après le PPL, il fallait autre chose. Et j’ai entendu plusieurs ados s’appeler comme cela entre eux. Au départ, j’étais un peu étonnée, se souvient Marie-Jo, et puis j’en ai fait une large médaille qui a eu pas mal de succès à Porto-Latino ». La créatrice revisite aussi les croyances populaires comme « a manuccia », cette petite main qui fait les cornes, agrafée au-dessus des berceaux de nos bébés pour les protéger du mauvais œil. Habituellement elle est taillée dans du corail, alors Marie-Jo l’a simplement redessinée sur une plaque carrée pour la porter en ras-de-cou. Les matières utilisées évoluent elles aussi : pierres colorées et plexiglas. Comme pour mieux mettre en scène les images qui marquent  le quotidien des insulaires. C’est notamment le cas du pendentif Statina : un t-shirt qui flotte au vent, étendu avec ses deux pinces-à-linge. « Nous voulions évoquer la vieille-ville et le linge que l’on voit sécher dans les strette de la citadelle », rappelle Aurélia.


Tout est testé auprès des proches avant d’être envoyé à l’atelier. La plupart du temps, c’est simplement en mettant le bijou en évidence sur un poignet qu’il suscite l’intérêt. Les amis, la famille bien sûr, mais aussi un public bien particulier : les élèves d’Aurélia, professeur des écoles. « Ils sont toujours très amusés par ces objets colorés ». Et si ça marche avec eux, il y a des chances pour que les parents soient intéressés eux-aussi.

La tendance et la culture corse sont bien sûr omniprésentes chez les deux femmes. Alors pour Marie-Jo, hors de question de passer à côté de la Testa Mora. Et tant pis pour ceux qui pensent « que ça fait natio ! On nous l’a souvent fait remarquer chez nos revendeurs, même pour le bracelet Ô fraté, note-t-elle ». « Il y a un petit côté identitaire rigolo, ajoute Aurélia, mais apparemment, les réticences se dissipent assez vite ». La preuve, après un peu plus d’un an d’existence, les bijoux Da Caruccia sont présents dans 14 points de vente. Tous en Corse, sauf un. Il est à Lille, mais ne commercialise que le PPL. Leur seul regret semble celui de n’avoir pas trouvé de fabricant sur l’île car la plupart de leurs pièces sont fabriquées à Marseille. Mais tout est assemblé dans leur chambre-atelier de Ville-di-Pietrabugno. Entre mère et fille lorsque la jeune femme prend sur ses jours de repos : « La plupart du temps, je viens en renfort si le rythme des commandes vient à s’intensifier. Je suis un peu la petite ouvrière chinoise de ma mère ». Mais aussi et surtout, celle qui l’inspire.

 

www.caruccia.com 

Tél : 06 18 79 87 97

 

Publié dans Corsica

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