Ces retraites qui pèsent sur la Corse

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Avec une pension moyenne de 1 037 € par mois les retraités de l’île pointent à la 16e place des régions françaises. Ces chiffres datent de 2001, faute d’étude plus récente et ne traduisent pas une situation reluisante. Elle a même sûrement empiré.

 

Le montant n’est pas élevé. Brut : exprimé avant déduction des prélèvements sociaux comme la C.S.G. ou la C.R.D.S. Il est même de 4 % inférieur à celui versé aux retraités de province. Dans le même sac, on trouve Midi-Pyrénées ou Franche-Comté. Derrière, il y a les régions du grand Ouest. Et la situation pourrait être encore pire puisque l’île compte beaucoup d’anciens fonctionnaires parmi ses retraités. Ainsi que 11% de personnes qui ne résidaient pas dans la région il y a seulement 20 ans. Des retraités « importés » comme les appelle l’INSEE, majoritairement cadres supérieurs ou intermédiaires. Ce sont eux qui tirent les retraites vers le haut.


Car le jeu des moyennes a tendance à masquer les réalités. Près de la moitié des ayants-droit perçoit moins de 884 euros chaque mois. Le soleil ne fait pas forcément le bonheur quand on a cessé son activité, puisque, comme les deux régions voisines, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Corse fait partie des régions où l’écart entre les retraites les plus faibles et les plus élevées est important. 25 % des pensions de retraites perçues sont inférieures à 557 € et 25 % sont supérieures à 1 414 €. Un monde. Surtout quand on est une femme. Les différences de salaire au cours de la vie active créent forcément un écart dans les pensions. « Durée de cotisation plus faible, temps partiel plus fréquent » font que les retraitées perçoivent en moyenne de 798€ contre 1 280€ pour les hommes. Environ 40% de moins. Cependant, pour les plus jeunes, celles qui viennent de sortir de la vie active, l’écart est moins grand. « A ces âges, les femmes ont eu plus fréquemment une carrière professionnelle que leurs aînées. Elles ont également cotisé plus longtemps », précise le rapport de l’INSEE rendu par Monique Pepin.


Mais quel que soit le sexe, les retraités de Corse ont cotisé moins longtemps que sur le continent. Cela s’explique par une surreprésentation des fonctionnaires. Pendant longtemps, ils n’ont pas subi le système de « décote en cas de trimestres manquants par rapport à la référence de 150 trimestres ». La retraite globale est peut être composée de divers avantages. S’ajoutent donc souvent des revenus comme la pension de réversion créant des droits au conjoint survivant, ou le « minimum vieillesse ». Ils tendent à réduire les inégalités et profitent plus fréquemment aux femmes. Ils représentent 24,7 % du montant moyen d’une retraite féminine contre 8,4 %. Des taux supérieurs à ceux observés sur le continent.


Les ayants droits ont parfois cotisé à plusieurs régimes de base, mais la proportion d’ « unipensionnés » est plus forte en Corse que dans le reste du pays : 75 % pour 63 %. Là encore, le poids des anciens agents de la fonction publique est élevé. Dans la région, la moitié des retraités n’a pas de régime complémentaire, 33 % ont cotisé à un seul régime complémentaire, le reste à deux ou plus. Au niveau national, ce type de cotisation est bien plus fréquent puisqu’il concerne deux retraités sur trois. Cela vient du fait qu’il y a en Corse, plus qu’ailleurs dans le pays, des personnes relevant de régimes spéciaux (EDF-GDF, SNCF…), catégories sans régime complémentaire obligatoire.


En tout, il y aurait près de 70 000 retraités en Corse, soit 23 % de la population totale. En 1999 ils ne représentaient que 17 %. « Leur nombre croît donc à un rythme bien plus élevé que la population dans son ensemble. C'est ce qui explique, peut-être plus ici qu'ailleurs, que la part des pensions et retraites dans les revenus globaux va en augmentant et est à un haut niveau », précise Arnaud Stephany, directeur régional de l’INSEE. Elle est, avec 27,5%, de quatre points au dessus de la moyenne nationale.


Mais là où la situation est la plus alarmante, c’est qu’en Corse, près d’une personne âgée sur cinq reçoit un complément de revenu. En 2004, 11 800 allocataires percevaient l'allocation supplémentaire vieillesse (ASV). Cette prestation est versée par les caisses de retraite et complète les revenus des personnes âgées de 65 ans et plus. Son but est de porter au niveau du « minimum vieillesse », les revenus des personnes disposant de faibles moyens d'existence. Dans l’ile, ce taux d'allocataires atteint 227 habitants pour 1 000 personnes âgées de 65 ans et plus. Il est nettement supérieur à celui enregistré au niveau national (53 allocataires pour 1 000 habitants). La Corse est donc largement en tête des régions pour ce qui est de la précarité des personnes âgées.

 

 

 

 

 

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