Charles Orlanducci : « Limiter les dépenses futiles »

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Ancien joueur du Sporting et acteur de l’épopée de 1978, Charles Orlanducci a aussi tenu les rênes du club en occupant le poste de président. Sans vouloir évoquer les raisons qui ont mené le S.C.B. au National, il veut croire au renouveau. Même si c’est à grands renforts d’aides publiques.

 

Des aides sont arrivées d’un peu partout (Région, Communauté d’agglomération de Bastia) depuis que le club est menacé de relégation administrative en CFA, mais est-il normal que l’argent public vienne financer les pertes d’un club de foot ?

Disons que ça se fait quasiment partout en France. Du moins, en Ligue 2. Ce n’est pas une question spécifique au S.C.B. La majeure partie des équipes reçoit des subventions du Conseil général, des mairies etc. Il n’y a qu’à voir, c’est affiché sur tous les stades où le Sporting se déplace pour jouer. Certains perçoivent même de plus grosses sommes que celles qui nous sont versées. Cela les aide à la formation.

 

Mais ce n’est jamais pour aider à combler un déficit…

Oui mais, indirectement, ces sommes aident les équipes à maintenir le niveau de leurs finances. Ici en Corse, le contexte économique, géographique et démographique est différent. Cette aide est donc la bienvenue.

 

Ne croyez-vous pas qu’il y ait à partir d’aujourd’hui une « jurisprudence S.C.B. » qui va encourager à la faillite ?

Ces 800 000 euros sont donnés pour maintenir un club et sa formation. C’est une bouée de sauvetage pour l’avenir. Cette somme permettra en plus d’aider le Sporting à continuer dans le professionnalisme et donc d’éviter la mort subite. Mais, en contrepartie, il est impératif que le club remonte en Ligue 2 dès cette année. Avec un budget diminué de moitié pour la saison prochaine, il faut aussi veiller à faire un bon recrutement. Si l’équipe n’est pas compétitive en National, ça va être galère.

 

Et si le club ne remonte pas ?

Ce sera alors plus compliqué. Il faudra trouver d’autres ressources. Mais je ne crois pas à la mort du Sporting. Il est important que le S.C.B. survive pour l’image de la Corse. Et si ces 800 000 euros ont été votés c’est que tout le monde croît en ce club. Le président de l’Exécutif en tête. Après, il est normal qu’il y ait eu des réticences pour ce vote. Que ce soit par rapport aux autres sports ou aux entreprises en difficulté. Mais il faut faire la part des choses, le foot c’est particulier. Et le Sporting encore plus. Que l’on soit de droite ou de gauche, c’est le cœur et le bon sens qui parlent.

 

Vous avez, un temps, dirigé le club. Pour quelles raisons le club est dans cette situation, aussi bien sur le plan financier que sportif ?

Je ne veux pas revenir sur le passé.

 

L’équipe de dirigeants en place est-elle la bonne ?

L’avenir nous le dira.

 

Que pensez-vous de la déclaration de Julien Lolli, président du Sporting de Bastia, qui demande que le S.C.B. soit « réintégré en Ligue 2 » ?

Je n’ai pas compris où il voulait en venir. Même s’il est vrai qu’il y a beaucoup de clubs qui ont des problèmes de déficit et qui sont montrés du doigt par la D.N.C.G. Mais la plupart d’entre eux ont des fonds propres que nous n’avons pas. Cela leur permet de présenter des comptes à l’équilibre.

 

Comme beaucoup de petits clubs, le Sporting comblait jusqu’à présent son déficit annuel par la vente de joueurs en fin de saison. Aujourd’hui ce n’est plus autorisé. Comment éviter de se retrouver dans cette situation tous les ans ?

Maintenant, avec cet argent le déficit va être comblé. Il faut poursuivre la politique de rigueur initiée par Pierre-Paul Antonetti. Et cela au quotidien, en limitant au maximum les dépenses futiles. Il appartient aux dirigeants de gérer le club comme si c’était leur propre entreprise. Je pense aussi que les supporters doivent jouer un rôle plus important. Il faut qu’ils soient plus impliqués dans la gestion du club afin qu’ils voient de près les difficultés auxquelles ils ne pensent pas. S’ils jouent un peu le rôle des socios en Espagne, ils seront plus responsabilisés.

 

Est-ce que tout est fait, notamment avec les sponsors, pour que le club reste viable ?

En Corse, nous sommes déjà très limités au niveau des sponsors. Mais si en plus on les traite comme ils l’ont été dernièrement… Je pense à Idec, Loft ou Pruneaux de Corse dont je fais partie. Pour justifier une partie du déficit, ils ont été accusés de ne pas avoir tenu leurs engagements et de ne pas avoir voulu verser les sommes promises. Premièrement, cela ne se fait. Deuxièmement, ce sont des mensonges. Et trois : ce n’est pas la meilleure façon de les récupérer ! Les partenaires du club peuvent aussi avoir leurs propres difficultés. Cette façon de faire m’a déçu de la part de certains dirigeants. Je l’ai sur le cœur parce que j’ai été attaqué sur les sites Internet et dans les médias.

 

Et personnellement, en tant qu’ancien joueur et dirigeant, comment vivez-vous les difficultés du S.C.B. ?

Bien évidemment cela me fait mal de voir le club dans cette situation. Mais j’estime aussi que ça a toujours été un exploit de maintenir une équipe à ce niveau là pendant tout ce temps. Chaque année, les besoins se faisaient de plus en plus grands. Et dans la façon dont évolue le football, c’est un peu la logique d’être là où on en est. Depuis la Ligue 1, les différents dirigeants ont eu le souci de construire des équipes qui, toutes, engendraient des déficits. Il a fallu petit à petit réduire les enveloppes de recrutement et forcément le niveau général régresse. On dégringole. Pourtant, je reste persuadé que Bastia a les moyens d’avoir un club de Ligue 2. Pour ce qui de pouvoir évoluer de nouveau en première division, il faut voir les choses telles qu’elles sont : on peut arriver à monter en D1, survivre ce serait beaucoup plus compliqué.

 

Combien gagniez-vous, à l’époque, en tant que joueur ?

Un salaire de cadre dans une société.

 

C’est bien différent aujourd’hui : pensez-vous que l’argent a pourri le monde du football ?

A un moment donné, il faut avancer. Et pour ça, il faut de l’argent. Donc « pourri », je dis non. Pour moi, ce sport a progressé. Le retour des choses, c’est que ce sont les grands clubs qui amassent le plus d’argent. Ce sont eux qui tirent profit du système, au détriment des petites structures comme le Sporting. Il ne faut pas que ça évolue encore dans ce sens. Si on reste à un budget moyen de 15 millions d’euros en Ligue 1 et 5 millions en Ligue 2 ça va. Mais lorsqu’on tombe à 700 000 euros en National, là, il faut commencer à s’inquiéter pour le professionnalisme.

 

Les salaires de joueurs ont été mis en question lors des derniers événements qui ont terni l’image de l’équipe de France. Le foot n’est-il pas devenu une fabrique d’egos ?

Les grands clubs n’hésitent pas aujourd’hui à faire des recrutements importants. En agissant de la sorte, ils mettent en valeur des joueurs qui souvent ne sont pas vraiment à la hauteur des espérances. Cela a aussi pour conséquence de jeter le trouble dans la tête de ces jeunes garçons. Parfois leur staff essaye de les protéger au maximum. Parfois trop.

 

Cela existait déjà à votre époque ?

Sur ce que j’ai connu, on était tous logés à la même enseigne. On avait des principes de correction, de tenue etc. On savait ce qu’on représentait. Bien sûr qu’il m’est arrivé d’avoir des mots avec mon entraîneur, comme tout le monde. Mais toujours dans les limites de la correction. Si effectivement Nicolas Anelka a traité Raymond Domenech « d’enc… », personnellement, ma réaction aurait été de lui rentrer dedans et on n’en parle plus ! C’est un problème de personnes et de caractère… Le football est un sport où il y a de fortes tensions, mais à un moment donné, il faut une retenue. Je n’ai jamais connu une situation de ce genre.

 

Est-ce qu’aujourd’hui cela arrive dans le vestiaire du Sporting ?

Non. Il y a des discussions. Des accrochages parfois comme dans tout club. Mais le cas d’Anelka est vraiment exceptionnel dans le monde du football.

 

Publié dans Corsica

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