Curé sous confession

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Comme chaque année le 8 mai, Ponte-Novu aura droit a une homélie un peu particulière. Celle de l’abbé Mondoloni, prêtre nationaliste devant l’Eternel qui n’a pas toujours été très catholique.

 

Sous la soutane, un ancien de l’O.A.S. L’organisation armée secrète qui a sévi pendant la guerre d’Algérie pour qu’elle reste française. Alors, dans son parapluie anglais avec lequel il arpente les rues de Ponte-Leccia, tout le monde s’attend à ce que « Don Camillo », comme l’appellent ses paroissiens, cache un fusil. Pourtant, il « n’en a plus depuis longtemps ». Quant à son 38-spécial, un calibre .9 millimètres, il l’a « rendu à son frère » voilà quelques années. « Un prêtre avec un pistolet, ça peut faire bizarre », reconnaît-il sous une tapisserie représentant le Christ. De toute façon, il n’en a plus besoin pour dégainer. Jean-Claude Mondoloni tire dès le premier coup de fil : « Quelles sont vos questions ? Et faites attention à ce que vous allez écrire, parce que vous savez que je peux devenir violent ! »


Le directeur de la police à Ajaccio en a fait les frais en 1987. Après une manifestation anti-Pasqua, le jeune curé est emmené au poste tenu en croix – un signe ? – par deux C.R.S. Lorsqu’ils le présentent à leur supérieur, le pied de l’abbé a « remonté l’allée défendue », comme il dit. « Et s’il a osé se plaindre, et bien il ment parce qu’il n’en a pas ! » Cassius Clay s’est réveillé. C’est comme cela qu’il était surnommé pendant sa formation de prêtre à l’école Stanislas à Nice. Il voulait être prof de sport, lui, le coureur de demi-fond. Le pedigree sera tout autre. Son histoire, il la raconte debout. Droit comme un bâton de pèlerin. Par fierté, mais surtout parce qu’une opération de la colonne vertébrale lui interdit de rester assis trop longtemps.


Jean-Claude Mondoloni est né au Liban en septembre 1939, « le mois de la déclaration de guerre », dit-il le sourcil menaçant. C’est son père, militaire, qui le pousse à préparer Saint-Cyr, l’école des officiers de l’armée. « J’ai déserté pour entrer dans l’O.A.S. ! Rien ne m’a séduit, c’est la trahison du Général de Gaulle qui m’a poussé dans cette voie » pourtant impénétrable. Celle du commando de Bastien-Thiry, futur organisateur de l’attentat du Petit-Clamart. Mondoloni n’est pas encore abbé, il participe à un réseau de trafic d’armes depuis la Belgique : mitraillettes, bazookas… « On trouvait de tout ». Lui aussi se fait trouver. 4 mois de prison. « Là, on retrouve la foi. On est travaillé par la grâce, précise-t-il. Quand je voyais le curé s’agenouiller devant le tabernacle, je me disait qu’il avait rendez-vous avec Quelqu’un ».


Son chemin de croix durera 15 ans. De stages en universités catholiques. Jusqu’à Fribourg en Suisse avant de rentrer en Corse en 1981 sous l’aile de Monseigneur Thomas, évêque de l’île. Mais « le 19 mai 1984, mon supérieur a eu une parole malheureuse à mon encontre. Il m’a dit : « tu seras mon kamikaze dans le monde nationaliste ! » Alors il s’exécute. Son rôle : prendre contact avec les clandestins et proposer la doctrine de l’Eglise. Puis « répondre à certains appels », comme celui de Jean-Baptiste Acquaviva. Le clandestin voulait se marier mais ne pouvait évidemment pas se rendre en mairie. La cérémonie religieuse devenait impossible, pourtant Monseigneur Casanova lui a « accordé l’immense honneur » d’unir le militant à sa compagne. « Puis il y a eu ce drame », dit-il. L’abbé Mondoloni participe alors aux foires et aux meetings en intégrant l’A.N.C. « On me demandait des messes, mais mon rôle de prêtre au sein de la mouvance était réduit à zéro. J’étais très peu écouté. Je n’ai jamais revendiqué un poste. Je ne suis pas nationaliste, je suis pour la terre de mes ancêtres ». Puis les dysfonctionnements s’accumulent au sein du mouvement avec ses dérives. L’abbé s’écarte jusqu’au pacte de Migliacciaru en juillet 1999. « Il fallait arrêter la folie des assassinats. La position de François Sargentini après la mort de son frère est un miracle ! Alors nous avons tous signé devant les caméras », se souvient-il. La folie a repris. Et depuis, il porte un regard critique, tout en gardant ses convictions : « La lutte des classes que voulaient certains n’étaient pas compatible avec une idéologie de droite. C’est une aberration intellectuelle. Quant à l’idée de Nation corse, je préfère parler de Terra Nostra », explique l’abbé Mondoloni. Peut-être s’est-il assagi. Mais à ceux qui disent qu’il a perdu le Nord, il montre la petite boussole intégrée à son bâton de pèlerin.

 

Dates :

26 septembre 1939, naissance à Beyrouth

1958-1959, membre de l’O.A.S.

6 janvier 1981, ordonné prêtre

 

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