« Défendre l’honneur de ma femme »

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

François Renucci est kinésithérapeute à Bastia, il a entamé lundi une grève de la faim. Depuis 7 ans, il se bat contre la justice et sa belle famille pour faire annuler des actes juridiques commis au nom de son épouse. Ancienne prof de sport, elle a pourtant perdu une partie de ses facultés intellectuelles après une rupture d’anévrisme. Montant du préjudice : 375 000 euros

 

Ubu et Kafka s’appelaient François. A croire que c’est un prénom propre aux situations absurdes. Une situation comme la vivent « Fanfan » Renucci et sa famille depuis qu’un courrier recommandé a atterri dans leur boîte aux lettres en 2003. En général, ce genre de pli n’annonce pas forcément de bonnes nouvelles. Mais là, ce fût une surprise totale : « C’était une notification de redressement fiscal pour la vente d’un appartement que nous n’aurions pas déclaré aux impôts, explique le kiné. Un studio à Paris précisément, et qui appartenait au frère décédé de ma femme Christiane ». Elle en était l’héritière avec d’autres membres de sa famille. Elle aurait même donné procuration à son frère pour qu’il puisse régler la vente.

 

Oui mais voilà. Christiane Renucci n’est plus tout à fait elle-même depuis le 18 novembre 1993 et une rupture d’anévrisme. Elle souffre d’un syndrome frontal dit de Korsakoff qui entraîne des pertes de la mémoire immédiate. Et la disparition de souvenirs entiers de sa vie. Depuis cette date, elle n’a plus jamais été en mesure de rester seule, ne serait-ce qu’un moment. Ni même d’assurer ses cours. De cabinet médical en étude d’expert son état de santé se précise : « Les fonctions supérieures de sa mémoire sont altérées », note un médecin marseillais. « Il lui est interdit de rester seule », précise un professeur de la Salpétrière. Quant à l’expertise commandée en 2001 par l’Académie de Corse dont dépend Christiane Renucci, elle est sans appel : « Dépendante d’une tierce personne pour tous les actes de la vie quotidienne pour sa surveillance et sa stimulation ». Au total, une vingtaine de certificats médicaux sont établis entre 1993 et 2004. Tous arrivent aux mêmes conclusions. En 1996, Mme Renucci est déclarée invalide à 80%.

 

Elle n’est donc pas en mesure d’exprimer son consentement pour la vente d’un appartement. Immédiatement, François Renucci place sa femme sous curatelle renforcée. Avec ses enfants, il dépose une plainte pour « faux et usage de faux. Ainsi qu’abus de faiblesse sur un majeur particulièrement vulnérable ». Entre temps, plusieurs chèques sont tirés sur le compte de son épouse. Des dizaines de milliers d’euros transférés sur un compte au Luxembourg.

 

Finalement, elle est entendue par un juge d’instruction à Bastia. « Le juge Ramette l’a reçue seule, sans curateur et sans avocat, précise François Renucci. Et au final, il a estimé qu’elle était capable de soutenir une discussion. Comment peut-il dire ça !, tonne l’ancien kiné. Surtout que le juge et la chambre d’instruction nous ont refusé une expertise médicale ». La procédure aboutit en juillet 2008 sur un non-lieu au motif « qu’il n’y a pas de certificats antérieurs à la curatelle ». Pourtant, François Renucci les étale devant lui comme des cartes de rami. Par dizaine. En appel, la Cour reprendra les mêmes arguments pour un rejet de la demande en précisant que son épouse a récupéré une partie de ses capacités. « Alors, tous les documents que j’ai sont des faux et c’est à moi d’aller en prison, s’emporte Fanfan Renucci. On a triché avec ma femme, on a abusé de son état de santé. Mais pourquoi refuse-t-on de l’expertiser ? »

 

C’est donc sa santé qu’il décide mettre aujourd’hui en jeu. Depuis lundi, il a entamé une grève de la faim pour enfin obtenir une expertise médico-judiciaire « et tenter de rétablir l’honneur de sa femme. Si cela ne suffit pas, j’accomplirai des actes très choquants et répétitifs. Un par semaine ».

Publié dans Corsica

Commenter cet article