Duttore Masai è prufessore Mari

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Journaliste de Frequenza Mora, il sévit chaque matin à huit heures moins cinq. Dans une courte chronique, Masai, il livre son humeur du jour. Et comme pour mieux nous faire profiter de son impertinence, il a compilé le meilleur dans un livre. Le « type qui cause dans le poste » est désormais à lire et à écouter.

 

Chì croce stu Petru Mari ! C’est lui qui se définit ainsi et il sait de quoi il parle. Il a consacré une chronique entière à ceux qui nous pourrissent la vie. A la cunneria aussi, tout comme au cornu marinu, ce mollusque qui nous sort de la bouche lorsque nous sommes énervés. Mais s’il parle de ces choses en apparence futiles, c’est pour justifier son salaire d’instituteur.

 

Il le compare aux traitements de ministres qu’obtiennent ses confrères de la Maison de la Radio, à Paris. Pourtant, il officie à la même heure que Stéphane Guillon, sur France Inter. Et comme lui, il plaît ou déplait. Mais n’allons pas jusqu’à dire qu’il dérange. C’est lui qui dit chaque matin ce qui le dérange. A commencer par la Village Attitude : les conducteurs de 4X4 Toyota qui débarquent de leur voiture garée en double file avec chaussures de montagne, treillis et, de surcroît, pas rasés ! Et puis il y a les personnages récurrents comme madame Sinibaldi. Elle expose parfois sa vie sexuelle avec son mari Pierre-Antoine.

 

Mais rassurez-vous. Connus ou pas, élus ou pas, monta seca ou pas. Tout le monde en prend pour son grade. Il commente l’actualité, la politique et l’action des institutions. De l’Office hydraulique à Rachida Dati. Et plus particulièrement, les dents de l’ancienne ministre. Sous forme de poème s’il vous plaît :

 

« Quand’ella spunta, prima si vedenu elli

Cum’una avanguardia di a so persona

L’Inglesi ne sò scemi

À u purtellu i lascia affacà

I so denti, Rachida”

 

Méchanceté? Non, macagna bien sûr. Même si Petru Mari l’admet dans son préambule « ce n’est pas tous les jours facile de pratiquer cet art. Le danger permanent et accepté d’un échec donne probablement à l’humour quelque chose de sympathique. » Pas d’angoisse de la page blanche ici. Plutôt l’angoisse du fiasco, celle de faire un jeu de mots qui tombe à plat. « On se sent alors comme aspiré par le vide », précise l’homme de radio.

Instituteur aussi, parce que souvent, il prend le temps, sur les deux minutes quotidiennes qui lui sont allouées à l’antenne, de nous expliquer un mot en corse. De faire vivre ces mots, quel que soit le thème. Car son bouquin, Masai, est entièrement écrit en langue corse – à part le préambule. Et livré avec deux CD. Pour mieux inclure les non corsophones. « C’est une main tendue à qui veut approcher notre langue, sans utiliser la béquille de la traduction », explique Petru Mari. Et mieux accompagner la lecture des textes diffusés le matin sur l’antenne de Frequenza Mora. 48 au total, soigneusement choisis parmi les 250 chroniques de la première saison de l’émission.

 

 

Masai, Albiana, 109 p., 15 €

Publié dans Corsica

Commenter cet article