Emmanuelle de Gentili, de père en fille

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Au contraire de Jean Zuccarelli ou de Paul Giacobbi, elle n’est pas la dernière d’une longue lignée d’élus. Seul son père était sur les rangs.

 

Son nom ne l’indique pas. Mais son regard la trahit : elle est bien la fille de Laurent Croce. Ça, elle le savait, mais ce n’est qu’à 13 ans qu’elle se rend vraiment compte que papa est en politique. Sans trop comprendre de quoi il s’agit, même si la découverte est parfois brutale. « Je me rappelle de sa photo sur les affiches de campagne de Jean Zuccarelli. Comme pour d’autres, son visage était souvent gribouillé. A l’école aussi on me taquinait ». Rien de méchant dit-elle, « c’était plus sur sa capacité à gagner ou à perdre l’élection ».


Trois ans plus tard, Emmanuelle prend sa carte au Parti socialiste. Façonnée par les idées de ses parents, mais pas seulement. « C’est tout simplement ancré en moi, par mon expérience et ma personnalité », ajoute la nouvelle présidente de l’Office de l’équipement hydraulique. Car à la maison, Laurent Croce parlait très peu de politique. D’ailleurs, il ne voulait pas que sa fille prenne le même chemin que lui. « Il m’en a même empêché à l’époque, prétextant que ce serait encore plus difficile d’exister en étant une fille ». Emmanuelle conçoit, mais n’écoute pas. Elle tente sa chance pour entrer au Conseil national du Parti socialiste en 2003, première année où les candidatures sont ouvertes aux femmes. « Tu n’as aucune chance », lui aurait dit son papa. « J’ai été prise et à partir de là, il n’a plus discuté », sourit-elle.


Elle aussi siège au Conseil municipal de Bastia. 22 ans plus tard, mais avec un autre Zuccarelli. Ce n’est pas pour autant qu’elle suit les pas de son géniteur : « je n’ai jamais récupéré ses mandats. J’ai plutôt eu à les reconquérir », précise-t-elle. Pourtant, cela ne lui évite pas la critique des autres, sans réellement en souffrir. « Le côté ‘‘fille de’’ a plus gêné mon père que moi. Il a vraiment été embêté par les coups que j’aurais pu prendre. Quant à moi, cela ne m’atteint pas. Je préfère être jugée sur ce que je fais plutôt que pour ce que je suis. Je ne cherche ni à lui ressembler, ni à me différencier pour exister dans ce milieu. Il faut juste tenter d’apporter quelque chose à un moment donné. Après, la difficulté, c’est de durer et de réussir. En revanche, je ne comprends pas que l’on puisse faire ce genre d’attaques. Ce n’est pas parce que Laurent Croce a décidé de faire de la politique que je dois m’interdire d’en faire. »


D’autant qu’un père peut toujours être de bon conseil. Alors il en distille quelques-uns. Apporte sa contribution et quelques idées. Et s’ils ne sont pas d’accord, « c’est lui qui finit par se vexer, s’amuse Emmanuelle de Gentili. Il s’en va souvent en disant : « je ne te dirai plus rien ! ». Alors je l’écoute, tout en prenant mes propres décisions ». Elle dit avoir une vision différente du socialisme que celle de Laurent Croce. Elle est plus pour l’équité que pour l’égalité. Il faut dire que son père a longtemps été bercé par les valeurs communistes : la SFIO, la CGT, FO… alors qu’elle n’est pas du tout tentée par l’extrême gauche. « Nous sommes tout simplement différents, même si humainement, je me sens très proche de lui. Je ne suis pas positionnée comme lui. Peut-être aussi parce que le monde a un peu changé. Nous vivons dans une société beaucoup plus dure aujourd’hui. Et la dimension de développement durable n’existait pas. Je ne sais pas s’il se posait cette question à l’époque ».


Ce ne sera peut-être plus un souci quand les deux filles d’Emmanuelle de Gentili seront en âge de se lancer à leur tour. « Je pense qu’elles ne l’envisageront pas. Si elles en ont l’envie, je les laisserais faire, en observant de loin plutôt qu’en conseillant. Mais, il n’y a pas de culture de la fonction politique chez nous comme elle peut exister dans d’autres familles insulaires. Quoi qu’il en soit, j’espère qu’elles ne prendront pas la relève, sans doute pour les mêmes raisons que mon père. Au final, je fais comme avec mes enfants comme il a fait pour moi ».

 

 

Publié dans Corsica

Commenter cet article