Fabrique de verts

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Les écolos sont quasiment absents de nos institutions. Mais comme partout en France, ils vont eux-aussi devoir choisir entre Hulot et Joly pour la présidentielle.

 

Leurs étagères sont remplies de produits « bio ». Les piles de journaux s’entassent, sans doute pour être recyclées. Et ils filtrent l’eau du robinet. Voilà pour le cliché. Et non !, ils ne vivent pas en communauté dans une ferme reculée du Niolu. Ils se regroupent autour d’une tasse de café, dans une grande bâtisse en pierre du village d’Aregno, sur les hauteurs de L’Île-Rousse. C’est un peu le siège d’Auropa Eculugia I Verdi, le pendant local d’E.E.L.V., sigle compliqué et « un peu long » qui leur sert de maison-mère. Mais ils y tiennent à la « corsisation » de leur nom. Comme à l’époque d’I Verdi Corsi où ils « n’étaient pas des Verts en Corse, mais des Verts de Corse », insiste Jean Graziani, délégué Corse et membre fédéral du mouvement. Sa formation est répartie en deux groupes, un à Ajaccio, l’autre en Balagne. Pour un noyau dur d’une cinquantaine de militants. « Ce chiffre semble faible, relève Joëlle Tomasini, une militante. Mais rapporté à celui de la population insulaire, nous sommes parmi les plus nombreux en proportion ». La famille tend même à s’agrandir puisque de nouveaux adhérents potentiels ont pris contact avec eux ces dernières semaines.

 

Le scénario du pire autour de la centrale de Fukushima a bien évidemment fait ressurgir le débat sur le nucléaire. Par ricochet, c’est la question du nuage de Tchernobyl et des conséquences de son survol de l’île qui a remis le débat au goût du jour en Corse. Le baromètre des temps modernes – et désormais étalon pour tout mouvement politique -, Facebook, leur assure la sympathie de plus de 3 200 personnes. « Bien sûr, ils ne sont pas tous en Corse et pas tous militants, reconnaît Joëlle Tomasini, mais c’est pas mal ».

 

En gros, bad news is good news pour les écolos. Si l’intérêt grandit, c’est aussi parce que la campagne présidentielle s’annonce. Et que le choix de leur champion est pour bientôt avec deux têtes d’affiche, Nicolas Hulot et Eva Joly, qui écrasent les seconds rôles. « Attention, il ne faut pas oublier qu’il y a quatre autres candidats », rappelle Jean Graziani, le doigt levé. Les deux concurrents médiatiques ne semblent pas avoir la préférence des militants locaux. Ils préfèrent insister sur les compétences de militants historiques. Henri Stoll, maire Alsacien qui a fait de sa ville un laboratoire vert. Ou Stéphane Lhomme, membre fondateur du mouvement « Sortir du nucléaire ». « Moi, ça me contrarie beaucoup que quelqu’un comme Nicolas Hulot, qui ne soit pas issu du mouvement, puisse nous représenter à la présidentielle, lance Jean Graziani. Cela n’est possible que parce qu’une primaire est organisée ». Et son avis apparaît partagé, même s’ils espèrent que l’animateur va « s’engager un peu plus » au fil du temps et sera « moins consensuel ».

 

Eva Joly, elle, leur apparaît plus capable de représenter EELV. « Elle a une très bonne compréhension des mécanismes financiers et donc une connaissance du fonctionnement des multinationales, des circuits que l’argent peut emprunter », relève Pierre-André Emmanuelli, un militant. L’ancienne juge d’instruction du pôle financier ne semble pas non plus être sa favorite, mais il lui reconnaît plus de compétences pour s’engager dans une campagne.

 

Comme tous les autres adhérents de France, ils seront appelés à voter pour choisir leur candidat à la fin du mois. Le scrutin se fera par Internet ou par courrier moyennant une inscription d’au moins 10 euros et une adhésion à la Charte du parti. « Il faut quand même des garanties », souligne Joëlle Tomasini.

 

Avec tout ça, il ne faut pas non plus oublier leurs « dossiers chauds ». Et leur tête de turc préférée : Véolia. « Que ce soit sur le port de Bastia, la gestion de l’eau ou des déchets ménagers, les transports maritimes… c’est toujours le même nom que l’on retrouve », affirme la militante écolo. C’est vrai que les écolos du coin ont été peu présents après les déboires japonais, mais « c’est parce qu’il y a eu un message incitant à la modération de la part des Verts nationaux. Ils ne voulaient pas qu’on dise que nous récupérions le débat », explique Jean Graziani. Cela ne les a pas empêchés de faire passer leur message par le biais des associations au sein desquelles ils militent. La plupart d’entre elles défend l’environnement, mais ils n’y vont pas avec l’étiquette verte collée sur le front.

Publié dans Corsica

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