George Benson, chanteur de cordes

Publié le par Jacques Casoni

Agé de 67 ans, le guitariste continue de mêler jazz et funk dans une tournée mondiale. Hier soir, il était à Bonneville en Haute-Savoie après un concert dimanche dernier en Corse, aux Nuits de la guitare de Patrimonio.

 

S’il n’avait pas un timbre de voix si suave, il pourrait presque passer pour un rappeur. Pantalon ample, grandes lunettes de soleil sur le nez, chemise ouverte et chaîne en or. George Benson se présente, l’air nonchalant. Un simple « bonjour » suffit à balayer la première impression : ses cordes vocales vous emmènent au pays du jazz. Celui de Quincy Jones ou de Marcus Miller qui ont chacun imprimé leur griffe sur le jeu du « Boss de Pittsburgh ». La ville où il est né, même si cela fait depuis ses « 19 ans qu’il n’y a plus vécu ». Il s’est retranché en Arizona, « loin de l’agitation de New York et de la côte Est », dit-il. De toute façon, là-bas, il « n’avait plus de vie ». Tout le monde connaissait son adresse et venait chez lui. Alors il a choisi de s’installer à Paradise Valley, 15 000 habitants. Il y est « plus au calme. Et puis, c’est un joli coin », affirme-t-il. Paisible.


Comme ce qu’il dégage. Le seul moment où sa voix part dans les aigus, tendance éraillée, c’est lorsqu’il s’amuse à imiter Miles Davis : « Joue sur mon prochain album ! », lui avait ordonné le trompettiste. Il s’est exécuté en 1968 pour enregistrer Miles in the sky. « Quand il parlait, j’écoutais ! », se rappelle George Benson en se mettant presque au garde-à-vous. Comme si son maître était encore là : « Il a apporté de la classe à la musique. Il pouvait déceler une lueur de talent à des kilomètres. Et tous ceux qui ont intégré son groupe à un moment ou un autre sont devenus des gens importants ». Pourtant après cette collaboration fructueuse, Benson choisit de suivre sa propre route. « Un regret », confie-t-il. Car il aurait été, de son propre aveu, « un bien meilleur artiste de jazz en restant aux côtés de Miles Davis. Avec une identité plus marquée ».


Il a alors teinté son jeu de blues et de funk, au gré de ses rencontres. Pour finalement trouver sa voie. Celle qui le conduira au tube planétaire Give me the night en 1980. Des samples et des reprises du morceau trainent encore un peu partout, jusque dans les créations du comique de Jean Dujardin. Pas sûr que Donne moi du cash, la chanson du film Brice de Nice, soit à son goût, mais George Benson sait être indulgent. Il estime que « quiconque à envie de jouer ce morceau doit tenter de le faire ». Il a même entendu des versions qui lui ont fait dire : « si j’avais à jouer cette chanson aujourd’hui, c’est comme cela que je l’aurais fait ! » Mais ne lui faites pas dire ce qu’il n’a pas dit : « Personne ne peut interpréter cette chanson comme moi », s’amuse-t-il.


Il ne faut pas oublier qu’il est le boss autoproclamé de la guitare depuis son premier album (The new boss guitar, 1964). Un instrument « qui s’imposait dans tous les styles de musique » à l’époque où sa carrière à commencé. « Elle prenait de la place dans le rock and roll, dans le R’n’B et le blues », se souvient-il. Elle s’est finalement installée entre ses mains. Il a bien tenté d’apprendre à jouer du Yukulélé ou du violon, mais il ne s’est « jamais senti à l’aise avec autre chose ». Quant au piano, il laisse cela à son fils, Marcus, qui l’accompagne dans sa tournée. Lui n’a jamais tenté de prendre une « gratte » entre les mains de peur de décevoir son père, George Benson. Un gars de Pittsburgh qui a « commencé comme chanteur » et qui n’espérait même pas devenir un guitariste d’importance.

 

Top of the World: The Best of George Benson, sorti cette année. 

 

Publié dans La Croix

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