Giacobbi fait sa lessive

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Directeurs d’agences remerciés, mise en concurrence du personnel de la Collectivité, agents « au placard »… Le nouvel Exécutif s’assure de la bonne loyauté de ses collaborateurs. Sans faire de détour.

 

Jeudi 25 mars 2010, 19h13, Paul Giacobbi est élu à la tête du Conseil exécutif de l’Assemblée de Corse. « Il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent », lance « l’homme fort de la gauche » dans son discours d’installation. Quant à d’éventuels bouleversements au sein même des institutions, il semble en exclure l’idée. Son « Alternance » ne sera pas une rupture. Sept mois plus tard, les choses ont changé. Et c’est Roger Pantalacci, ancien directeur de l’Office de l’environnement de la Corse qui en a fait les frais le premier. Lui, le giacobbiste « à la papa », proche de François et nommé à son poste en 1993 par Paul. Débarqué. « Pourtant, il était tout à fait neutre et loyal, affirme un agent dans les couloirs de l’assemblée. Je ne l’ai jamais entendu parler contre le nouveau président. Je suis tombé de cul par terre en apprenant ça ». Le licenciement du directeur de l’O.E.C. n’est toujours pas officiel. Quant aux raisons qui ont présidé à son éviction, elles, resteront officieuses : « il a certainement voté a gauche lors des territoriales, mais il semble payer sa non allégeance. Cela lui pendait au nez pour deux raisons : il est intelligent et n’est pas malléable », précise un autre agent. C’est pourquoi la décision a été actée rapidement, avant d’en informer l’intéressé. « Pour ne pas lui donner le temps d’activer ses réseaux maçonniques et de contrer la sentence », ajoute-t-on dans les rangs de l’opposition.


Roger Pantalacci est donc le premier à prendre la porte. Et à ouvrir la voie pour ceux qui vont le suivre. Sur les sept Offices et Agences de la C.T.C., trois devraient changer de directeur par la simple volonté du cabinet. Alex Vinciguerra est donné partant de l’O.D.A.R.C (Office du développement agricole et rural de la Corse). Et Daniel Charavin quitterait l’A.T.C. dans les prochains jours. « Il n’y a pas de procédure de licenciement à son encontre, affirme Vanina Pieri, présidente de l’Agence du tourisme de la Corse. L’arrivée d’une nouvelle présidence fait que l’hypothèse d’un changement de direction est envisageable ». Il n’est pas purement et simplement viré. Son départ pourrait en fait être négocié. Mais la marge de manœuvre semble étroite puisque Daniel Charavin serait davantage écarté en raison du coût qu’il représente plutôt que pour ses compétences. D’autres directeurs profitent de l’alternance pour partir en retraite. Seul Michel Zonenberg conserverait son poste à l’A.D.E.C. Pour l’Office hydraulique, le changement s’est fait en toute discrétion mais avec de nouvelles méthodes de management (voir encadré). Une gestion qui semble mettre de côté les techniciens chargés d’appliquer la politique de l’équipe précédente. Car en théorie, le président d’office pense les orientations et son directeur les met en place. « Ce n’est pas uniquement cela, pour Vanina Pieri. Elle estime que le duo ne peut marcher que si le directeur joue aussi le rôle de conseil. Il ne faut pas qu’il y ait de fausse note entre celui qui écrit la partition et celui qui dirige l’orchestre. Cela ne peut marcher que dans la confiance ».


Une confiance que les anciens ne semblent donc pas inspirer. C’est aux nouveaux responsables qu’il appartiendra d’apposer la patte de l’Exécutif sur chacun des « ministères ». Et de veiller à ce que tous marchent à la baguette. « Des listings ont été demandés par le cabinet dans plusieurs Offices régionaux, avoue un agent territorial. Ils recensent les fonctions de chaque employé avec leurs dates d’entrée dans les services et sous quelle présidence ». Voilà pour ceux qui sont en place. Quant aux futurs candidats à l’embauche, les méthodes de recrutement sont encore à l’étude mais le président Giacobbi ne cache pas ses intentions de tout vouloir contrôler. En mai dernier, il a mis un rapport à l’étude intitulé « Modification des statuts des agences et offices ». Le texte propose de « mettre un terme à la trop grande diversité de la situation juridique actuelle. […] A l’Office du développement agricole et rural de la Corse et à l’Office d’équipement hydraulique, les présidents ne disposent pas de pouvoir d’autorité, notamment en matière d’organisation de service. […] Ces attributions incombent à celui qui a été désigné par le suffrage universel. Le projet donne attribution au Président […] de recruter le personnel ». Exit les DRH et les directeurs d’agences qui jusqu’ici avaient leur mot à dire sur l’embauche. Devant le tollé provoqué par l’étude du texte en commission des finances, le texte a été retiré mais selon certains élus, il serait toujours dans les tiroirs. « Je trouve cette proposition complètement folle !, note un conseiller territorial d’opposition. Elle ferait du président d’office un véritable P-DG, ce qui à mon sens ne se justifie pas. Il n’a pas à assurer la gestion courante du personnel et le travail avec les syndicats. Son rôle est normalement d’insuffler la politique ».


L’Alternance est en marche. La réorganisation des services aussi. Tout particulièrement à la C.T.C. où le nouvel organigramme n’est pas encore connu. Et si le nombre de directions et de services devrait rester sensiblement le même, quatre grands pôles vont être créés. Près de soixante postes à pourvoir en tout. Et là, le recrutement se fait d’abord en interne, conformément à la loi. Mais pas forcément au goût de tous. « Tout a été remis à plat. Ils ont demandé à ceux qui étaient déjà en place de postuler, soit sur leur propre poste, soit sur celui du voisin, explique un agent territorial. Résultat, tout le monde se trouve en concurrence et cela crée des tensions ». « C’est une véritable bourse à l’emploi précise un de ses collègues. Et au final, c’est celui qui démontrera le plus de loyauté envers l’exécutif qui aura le poste. Pour la première fois tous les agents de la Collectivité vont devoir leur emploi à Paul Giacobbi ou au Directeur des services ». Et tant pis pour les autres. Ce sera direction la « cellule placard ». Plus proprement appelée « cellule de coordination ». Du « jamais vu » dans l’institution pour ceux qui arpentent les couloirs de l’assemblée de Corse depuis sa création il y a près de 30 ans.


Certaines directions comme la Direction générale de l’administration, celle des ressources humaines ou encore de la communication n’existeront plus. Elles devraient toutes être assurées par le cabinet du président. Mais il reste difficile de connaître les réelles intentions de la présidence. Comme à chaque fois depuis son élection, nos demandes d’entretien avec Paul Giacobbi, orales ou écrites, sont restées lettres mortes. Quel qu’en ait été le sujet. Silence radio donc, comme du côté des syndicats qui ne semblent pas commenter ces nouvelles méthodes de gestion. « C’est parce que l’Exécutif s’achète une paix sociale, précise un conseiller. Ils ont augmenté les moyens de ce qui est l’équivalent du comité d’entreprise à la C.T.C. Ils ont créé un fonds social pour les agents en difficulté et tentent de mettre en place un système de primes avantageux pour les fonctionnaires qui se feront bien voir ». Il existe effectivement un rapport en ce sens, actuellement renvoyé en commission technique paritaire. Pour un conseiller d’opposition, « la machine serait bien rôdée. Paul Giacobbi et les siens ne font rien d’autre que d’exporter le système qu’ils ont mis en place au Conseil général de Haute-Corse ».

 

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