iPad, Gogo gadget pour élus

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Les conseillers généraux de Haute-Corse sont entrés dans la modernité en fin d’année dernière. Leur ancien président leur a laissé un beau jouet à chacun en guise de cadeau de départ. Sous couvert d’économies pas si évidentes.

 

« Cher Petit Papa Giacobbi, j’ai été très sage dans mon canton et pour l’arbre de Noël du Conseil général de la Haute-Corse, j’aimerais bien avoir un iPad ». La commande n’a certainement pas été formulée dans ces termes, mais quatre jours avant Noël, les élus du département ont tous trouvés une belle tablette numérique au pied de leur sapin. Par une délibération datant de septembre et adoptée à l’unanimité, ils devenaient ainsi les premiers de France à dématérialiser entièrement leurs débats. Certains ont même eu tout le loisir de se dématérialiser eux-mêmes de la séance, puisque le joujou leur permet – accessoirement – de pouvoir surfer sur le web, lire leurs journaux et, pourquoi pas, regarder des vidéos. Mais non, un conseiller général, c’est sérieux ! Et puis, des « sanctions seront appliquées » (on se demande bien lesquelles) si l’un d’entre eux se fait prendre en flag’. Puisqu’on vous dit que c’est fait pour aller plus vite dans leurs travaux. Pas faux. Tous les documents transitent par un serveur auquel ils sont les seuls à avoir accès. Les textes, émis par un service spécialisé, sont disponibles partout, tout le temps. Par tous les temps. C’est fini la paperasse qui traîne sur un bureau. On se tue à vous le dire : tout est dé-ma-té-ria-li-sé. Le Conseil général respecte ainsi l’environnement et évite de gaspiller des tonnes de papier. « Nous dépensons 35 000 euros en impressions chaque année, explique le président du département. Les quarante iPad nous ont coûté 28 760 euros. L’investissement est donc rentabilisé dès la première année ».

 

Mais le calcul n’est pas tout à fait le bon puisque l’investissement annoncé ne couvre que l’achat des tablettes, modèle 3G, 32 gigas de mémoire. Car les services du département ont oublié de mentionner quelques petits détails. Comme l’installation du logiciel permettant l’envoi rapide des documents de séance, facturée 5 390 € par la société Qualigraf. C’est elle qui fournit aussi l’application à laquelle chaque élu doit être abonné : 4 860 € par an en tout, pris en charge par la collectivité. Et puis, il y a eu la formation de nos « élus du rural » : 4 500 € pour trois jours. Et enfin, cerise sur le gâteau, le CG2B a choisi d’offrir un abonnement 3G à chaque élu pour qu’il puisse avoir accès au service de chez lui (pas sûr qu’il y ait toujours du réseau au fin fond du Niolu, mais bon) pour une facture globale opérateur approchant les 13 000 € mensuels. Coût total de l’opération : 56 510 €. Soit 21 000 euros de dépenses en plus qu’en 2010. Alors non ! L’économie ne se fera pas dès la première année d’utilisation. Ni en 2012. Mais seulement à compter de 2013. Sauf que d’ici là, la nouvelle présidence du Conseil général souhaite porter « la flotte » d’iPad à 70 pour équiper les chefs de service. Et zou pour 30 machines et 25 000 euros de plus pour Apple ! Alors d’accord, plus on augmente les quantités de tablettes, plus on réduit celles de papier. Mais, touts bijoux technologiques soient-ils, ces appareils ont une durée de vie. Elle n’est pas encore connue mais si on se base sur 4 ans et en admettant que nos élus sont des gens soigneux avec le matériel, l’économie réelle est reportée aux calendes grecques. N’imaginons même pas qu’un élu éconduit au prochaines cantonales souhaite en garder un par devers lui…

 

Pourtant Joseph Castelli, tout nouveau président du C.G. « se dit persuadé qu’à terme, le choix qui a été fait est le bon. Que cela améliorera les performances de l’institution ». Mais au fait, qui d’autre a pris cette option en France et dans le monde ? Personne. A l’Assemblée nationale et au Sénat, un logiciel centralise tous les documents et les élus peuvent y accéder avec leur matériel personnel (ordinateur portable, fixe ou tablette). Et « il est totalement interdit d’entrer en séance avec son PC », souligne le service de presse du Palais Bourbon. Nos députés ont déjà suffisamment de distractions comme ça dans l’Hémicycle. Même dispositif au Parlement européen, mais là le sujet est tabou. Une information annonçait au mois de mai dernier que les 736 parlementaires allaient en être équipés pour 5 millions d’euros. Démenti immédiat de l’institution qui ne voulait pas se faire taxer de favoriser la position dominante de la marque à la pomme. A l’O.N.U. peut-être ? Toujours pas. Il serait mal vu de voir une assemblée générale pleine d’iPad alors que les pays en développement sont majoritaires à New York. Avec de bonnes intentions tout de même, le Conseil général de la Haute-Corse s’est surtout payé un beau coup de com’. Ce doit donc être vrai : avec les produits Apple, « il y a une application pour tout ».

 

LIRE AUSSI:

L'Assemblée de Corse aura sa tablette

 

Publié dans Corsica

Commenter cet article