Jean-Pascal Taddeï veut briser le tabou des armes à feu en Corse

Publié le par Jacques Casoni

5 000 personnes mercredi à Corte pour dire non à la violence après la mort par balle d’un étudiant de 20 ans. Ce rassemblement accompagne la création d’un collectif porté par Jean-Pascal Taddeï pour sensibiliser la jeunesse insulaire aux dérives qui la guettent.  

 

Un coup de feu qui résonne comme un électrochoc. Pourtant, Jean-Pascal ne l’a pas entendu. Ce sont plusieurs SMS qui le réveillent vendredi, au milieu de la nuit. « Où es-tu ? » lui demande un ami d’Aix-en-Provence. « Il savait déjà, un quart d’heure après le drame, que quelqu’un s’était fait tuer », note le jeune homme de 24 ans. C’est sur Facebook que Jean-Pascal Taddeï en a la confirmation. Il sort souvent. Il aurait pu se trouver dans cette soirée qui a mal tourné. D’autant qu’il anime une association culturelle, A Ghjuventù Cortinese (Jeunesse cortenaise) pour faire vivre le milieu étudiant.

 

Alors il comprend qu’il est temps. Temps de prendre cette initiative qui mûrit dans sa tête et celle d’autres responsables associatifs face aux dérives de la société insulaire. Surveillant de lycée, il côtoie des adolescents tous les jours. « La drogue et l’alcool font partie du quotidien des jeunes en Corse. Quant aux armes, ils n’en parlent pas quotidiennement, mais un comportement s’est banalisé chez ceux qui en possèdent : sortir leur pistolet si une soirée tourne mal ». Heureusement, rares sont ceux qui tirent.

 

C’est pour éviter qu’un tel acte ne se reproduise que Jean-Pascal a marché. Avec 5 000 personnes dans le froid du centre-corse. Discrètement, ému derrière les rayures de son écharpe, il s’est glissé en milieu de cortège. Seuls ses yeux clairs témoignent de son émotion. « Mais cette mobilisation ne doit pas s’arrêter au bout d’une semaine, insiste-t-il. Nous devons l’inscrire dans la durée ». C’est ce qu’il fera dans l’amphi Landry, à peine les manifestants dispersés. Accompagné par des représentants de la Ligue des droits de l’homme et de syndicats étudiants, ils s’accordent pour créer le collectif Per a Ghjuventù, pour la jeunesse. Il n’y a plus que les formalités administratives à accomplir mais l’objectif de Jean-Pascal est déjà fixé : « s’appuyer sur les établissements scolaires, passer dans les classes et toucher les enfants dès leur plus jeune âge ». Le rectorat appuie déjà la démarche.

 

Bien sûr il est conscient qu’ils n’y parviendront pas tous seuls. « On n’est pas des spécialistes. On n’est pas des psychologues, mais au moins, on a pris l’initiative. Je ne sais pas si je serai à la tête de ce collectif », ajoute Jean-Pascal. Modestement. Même s’il reconnaît que ce serait une très grande responsabilité. Pourtant, depuis hier matin, c’est bien son portable qui n’arrête pas de sonner. C’est lui qu’appellent ceux qui veulent s’impliquer. « Des associations sportives pour l’instant, confie-t-il. Mais elles constituent pour nous un important réseau pour toucher les jeunes. Nous aurons besoin de tout le monde. Si par malheur, ça se reproduit dans un an, on aura failli ». Et il prévient : « nous ne serons pas les seuls responsables. » Alors il espère que les magasins fermés de Corte ouvriront les yeux de la population. Que le silence qui a régné dans les rues mercredi fera s’élever d’autres voix contre la violence.

 

Publié dans La Croix

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