Jean Zuccarelli, deuxième du nom

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Fils et petit fils de maire, le nouveau président de l’Agence de développement économique de la Corse s’installe peu-à-peu dans le paysage politique insulaire.

 

Emile et Jean se ressemblent en tous points. Physiquement bien sûr. Même gestuelle, même voix et pas seulement lorsqu’il s’agit de faire un discours à la tribune. Car père et fils se retrouvent parfois autour d’une paghjella dans leur village de Sainte-Lucie de Mercurio. « Il m’a transmis son goût pour la musique, affirme le jeune élu au Conseil exécutif. Celui du sport aussi, mais je ne suis pas capable, comme lui, de connaître par cœur le palmarès des disciplines olympiques sur les 50 dernières années ».


Le parcours des Zuccarelli en politique s’assimilerait alors à une course de relais : le « deux fois 20 ans à la mairie de Bastia ». Emile a déjà dépassé son père en longévité. Quant à Jean, « il n’exclut pas » de reprendre le flambeau. Trop tôt pour le dire. Dernier de la famille à tenter l’expérience en politique, il a baigné dedans dès la petite enfance. « A quatre ou cinq ans, on sait que l’on est le petit-fils du maire, mais on ne se rend pas compte de ce que cela implique. Très vite, on apprend qu’il ne faut pas aller courir sur les pelouses du monument aux morts, s’amuse-t-il. » En dehors des facéties, il a vraiment compris qu’il se passait quelque chose lorsque son père devient le suppléant de François Giacobbi au Sénat en 1980. Mais le premier mandat dont il se souvient vraiment, c’était aux régionales de 1982. « J’ai accompagné Emile à Ajaccio pour assister à l’élection de Prosper Alfonsi ».


A la maison, entre son père et son grand-père, il écoute parler, mais ne se dit pas plus attentif que les autres enfants de son âge à la cuisine politique. « Certains jeunes radicaux avaient même acquis une conscience du militantisme bien plus tôt que moi, ajoute Jean. Il faut dire que la vie au quotidien ne tournait pas toujours autour de ça ». Au fur et à mesure, les mandats s’accumulent. Deviennent plus importants. Et forcément, le thème de la discussion revient. « Cela à même eu tendance à polluer la vie familiale », se souvient le nouveau président de l’ADEC.


Jean II Zuccarelli comme il est parfois appelé par ses détracteurs porte, un peu comme Paul Giacobbi, un bel héritage. Auguste Gaudin et Emile Sari, ses aïeux, ont eux aussi porté l’écharpe de maire de Bastia. Alors consciemment ou pas, il envisage de tenter sa chance. « Je n’ai jamais ressenti de pression familiale, reconnaît-il. C’est plutôt une interrogation, parce qu’inévitablement, le fait d’avoir été précédé par d’autres personnes, cela m’a interpellé sur le sens de mon existence. Il y a un petit quelque chose que l’on garde au fond de soi ». Pour lui, c’est avec les années 80 que l’engagement de son père a commencé à instiller l’idée. Mais il préfère commencer à bâtir sa carrière dans les assurances. A Paris, loin de la Corse. Mais pas assez pour oublier Bastia. La nouvelle élection de son père au siège de député de la 1e circonscription de la Haute-Corse en 2002 et la victoire du « non » au référendum sur les institutions en Corse le feront complètement basculer vers son choix. Pourtant son père attend qu’il fasse ses preuves. « Il s’est posé deux questions se rappelle Jean : Le petit le veut-il ? Oui. Le petit le peut-il ? On verra à l’usage ». Emile Zuccarelli, le met en garde. A cette époque, il vient de subir trois attentats à son domicile bastiais. Mais à partir du moment où tout s’est enclenché « son soutien a été là » précise le fils.


A l’écouter, il n’y a pas vraiment de culture de la fonction politique chez eux. Jamais il ne lui a été suggéré de reprendre le flambeau. Jamais son grand-père n’a eu l’intention de transmettre un mandat. « Emile a été élu à 46 ans, après 22 ans de carrière professionnelle. Il n’était pas destiné à ça. Tout comme moi. Seulement, si dès le plus jeune âge vous faites jouer un gamin avec des chiffres, vous lui donnez des facilités en maths ». En fin de compte, chì d’omu puliticu nasce, in meria ruspa.

 

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