Journées tests pour les nationalistes corses

Publié le par Jacques Casoni

Les indépendantistes insulaires entament ce soir, pour la 29e année consécutive, leurs traditionnelles Journées internationales. Une université d’été pour rappeler les conditions nécessaires, selon eux, à la « sortie de crise » en compagnie d’un représentant irlandais du Sinn Fein.

 

L’I.R.A. a déposé les armes. Officiellement, ce n’est pas le cas des nationalistes corses du F .L.N.C. qui s’étalent encore dans les magasines insulaires, lance-roquettes au poignet. Et même s’ils ne seraient plus très nombreux à enfiler la cagoule, ils rappellent régulièrement leur présence par des attentats. Des actions que l’exécutif de Corsica Libera, le groupe politique indépendantiste disposant de quatre élus à l’assemblée de Corse, « ne condamne pas ». Ils sont les seuls à adopter cette position. Pour eux, la « lutte armée » est encore là. Mais en invitant Paul Fleming, maire de la ville de Derry en Irlande du Nord et représentant du Sinn Fein, à leurs « Journées », ils entendent démontrer « qu’un conflit de type national peut se régler, affirme Gérard Dykstra, l’un des cadres du mouvement. En Ulster, un processus politique est arrivé jusqu’à un certain terme. L’I.R.A. y a participé mais ils n’ont désarmé que lorsqu’ils ont eu des gages suffisants. En Corse, le conflit n’est pas réglé ! »


Pendant deux jours, ils vont donc échanger, converser, faire des tours de table. Basques, Catalans, Kanaks et autres « peuples en lutte », comme ils les appellent, seront présents pour donner une couleur internationale aux débats. Mais c’est une vision régionaliste qui va s’exprimer. Pour, au final, poser des conditions. Elles sont déjà établies par Jean-Guy Talamoni, l’un des chefs de file : « Pour nous, l’instauration d’une citoyenneté corse demeure une question centrale ». Elle serait acquise en justifiant de 10 ans de résidence sur l’île et permettrait, au bout de cette période, de pouvoir acquérir des biens immobiliers. « C’est la seule solution praticable !, assure l’avocat bastiais. Mais il n’y a pas que ça. Nous réclamons aussi le rapprochement des prisonniers incarcérés sur le continent, ainsi qu’une co-officialité de la langue corse dans les institutions ». Pour eux, tous ces éléments sont « une base de discussion pour parvenir à une solution politique ».


Un credo presque, pour ce mouvement qui a séduit près de 10% des votants en mars dernier, lors des élections territoriales. Adossé au score des autonomistes, plus modérés, les deux listes nationalistes ont recueilli 35% des voix. Plus que la droite et quasiment autant que la gauche. Alors, même s’ils ne veulent pas l’avouer, ces Journées internationales vont permettre aux leaders indépendantistes de prendre le pouls auprès des militants. Et de voir si le mouvement gagne du terrain. Car, François Sargentini, le reconnaît du bout des lèvres, le rendez-vous de Corte était en perte de vitesse ces dernières années : « Avant, c’était étalé sur trois jours, aujourd’hui, c’est plus concentré sur le dimanche… » C’est le point d’orgue du week-end, où l’an dernier, 500 militants s’étaient réunis sous le chapiteau. « Ne vous attendez pas à ce qu’on réunisse 3 000 personnes. Bien sûr on peut mettre des cars de ramassage, mais ce n’est pas une kermesse, ironise Jean-Guy Talamoni. Notre but est simplement d’avoir des débats riches. Pour apporter notre solution à la sortie de crise. Si nous avons 800 personnes au meeting, ce sera très bien ». Ils sont pourtant 12 000 à avoir glissé un bulletin estampillé Corsica Libera en mars dernier.

Publié dans La Croix

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