L’identité nationale prend une autre tournure en Corse

Publié le par Jacques Casoni

Les Corses ont leur propre débat. Depuis une semaine, le préfet de région a ouvert un forum spécifique au sein même du site Internet du gouvernement. La discussion vire à la revendication identitaire, tendance dure.

 

Pandore n’aurait pas fait mieux. A peine la boite à contributions ouverte que plusieurs internautes ont exploité la brèche. En seulement quatre jours et sans grande publicité préfectorale, ils sont plus de soixante-dix à avoir posté un message. Et les pseudos utilisés ne laissent aucun doute sur la teneur de leurs propos : Prisonnier politique, Ali Bertà (Liberté) ou encore Sambucucciu (du nom d’un révolutionnaire corse du XIVe siècle) utilisent ce forum pour exprimer un rejet certain. A grands renforts de points d’exclamation. « Nous ne sommes pas Français ! Nous sommes juste obligés de l'être !!! Nous avons une histoire, une langue, une identité qui sont très loin de celles de la France ! La Corse a payé un lourd tribut à la France. Je ne vous parle pas seulement des deux dernières guerres, mais de la misère, de l'interdiction de parler une langue… », écrit Karine Franceschi. Jean-François lui, cite un militant du FLNC : « Nous ne sommes français ni par la géographie, […] ni par la culture, ni par les mœurs, ni par la communauté spirituelle […]. Et surtout pas par l’Histoire. »

 

Le ministère de l’Identité nationale a donné son aval pour l’organisation de ce débat unique en France. Il ne se doutait certainement pas du résultat : une minorité parvient à occulter les commentaires de ceux qui expriment leur attachement au drapeau tricolore et aux valeurs de la République. Quant à Stéphane Bouillon, préfet de Corse à l’initiative de cette expérience, il ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant. Il attend qu’une réelle tendance se dégage dans les messages. Ou que les premières réunions-débats, prévues dans l’île en janvier, clarifient la situation.

 

Les discussions promettent d’être animées. Comme partout en France, elles se feront sans la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui n’accepte pas la méthode, mais une autre dimension vient s’ajouter. Le porte-parole du comité insulaire de la LDH, André Paccou, considère que « ce débat dérogatoire est une erreur. Il porte un risque de fracture avec l’expression d’un ressentiment de toutes parts. On risque d’avoir un rejet des Français par les Corses, un rejet des Corses par les Français et évidemment un rejet de l’immigré et du musulman. A l’arrivée on peut penser que c’est l’image de l’île toute entière qui va en pâtir ».


Le malaise est là. A quelques mois des élections territoriales, les élus se gardent bien de faire un commentaire, notamment dans les rangs de la droite. Il faut dire que la marge de manœuvre est mince : désavouer le préfet et la politique gouvernementale, ou bien tourner le dos à un électorat régionaliste… Quant aux électeurs d’extrême droite, ils n’ont pas encore apporté leur contribution. Mais ils pourraient bien surgir. Tels des diables de leur boîte.

 

Publié dans La Croix

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