La Corse s'offre un suspense

Publié le par Denis Nicolaï

Malgré une victoire de la gauche, la région se trouve sans majorité absolue après le vote de dimanche. C’est maintenant aux conseillers territoriaux de choisir qui prendra les commandes pour les quatre prochaines années.

 

L’île a un nouveau centre. Il est incarné par les autonomistes de Gilles Simeoni. Avec 11 sièges à l’Assemblée de Corse, la liste Femu a Corsica (Faisons la Corse) semble être la seule à pouvoir faire pencher la balance. Et apporter les votes nécessaires pour débloquer la situation lors du 3e tour de demain. Une journée où les 51 nouveaux élus vont voter secrètement pour élire le président du Conseil exécutif, sorte de Premier ministre local, et celui de l’hémicycle.


L’avocat bastiais le sait bien, il est au cœur des tractations. Et ne ferme aucune porte : « Notre volonté est de lancer un appel très large, qui a priori n’exclut ou ne privilégie personne. Il faut simplement réintroduire une logique de dialogue dans la vie politique Corse ». Et tout le monde veut discuter avec lui. A commencer par l’UMP réunie en conclave dès lundi soir à Corte, officiellement pour un « simple débriefing ». Mais Marcel Francisci, en a profité pour proposer un pacte qu’il destine aux élus de Femu a Corsica, disant préférer « Simeoni aux communistes ». De son côté Stéphanie Grimaldi, maire du village de La Porta se dit prête à « tendre la main à ses collègues nationalistes pour essayer de faire en sorte que la présidence de l’Assemblée ne revienne pas à la gauche ».


Car Paul Giacobbi et son union de quatre courants ont échoué à seulement deux sièges de la majorité absolue. Malgré le bonus de 9 conseillers territoriaux accordé à la formation arrivée en tête. C’est donc tout logiquement qu’il compte sur les colistiers de Gilles Simeoni pour être porté à la tête du Conseil exécutif. « Il faut voir avec ceux qui ont obtenu un résultat important pour savoir ce que l’on peut construire ensemble. S’ils ne le souhaitent pas, nous ferons autrement », tempère le président du Conseil général de Haute-Corse. Il envisage donc la possibilité de prendre le pouvoir avec une majorité relative. Comme l’a fait la droite durant les 6 dernières années. Cette solution assurerait l’unité du bloc construit par la gauche dans l’entre-deux-tours. Car la composante communiste de l’alliance nourrit un profond rejet vis-à-vis de la famille nationaliste. S’entendre avec Gilles Simeoni pourrait donc irriter Dominique Bucchini, issu du Front de gauche et pressenti pour s’installer à la présidence de l’hémicycle. L’occasion pour lui de faire « enfin entrer le social à l’Assemblée de Corse » et de parachever 30 ans de carrière politique au service de son camp.


Mais les nationalistes draguent aussi les nationalistes. Jean-Guy Talamoni, chef de file de Corsica libera (Corse libre) et 4e du scrutin, souhaite mettre en valeur un score historique. Celui de sa famille politique. Car sa formation et celle de Gilles Simeoni cumulent au total 35,74% des voix. Plus d’un électeur sur trois. « Ce qu’il ne faut surtout pas faire, martèle l’élu, c’est qu’une partie d’entre-nous aille discuter avec des élus traditionnels. Cela ne répondrait pas à nos responsabilités. Il faut que l’on s’entende, sans pour autant faire un parti unique ». Mais si chacun garde son indépendance, la balle restera au centre.

Publié dans Le Figaro

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