La Corse sous un autre angle

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

François-Xavier Dianoux-Stefani et Jean-Philippe Banghala ont tout plaqué il y a maintenant deux ans. Mais avec leur idée derrière la tête : Corse Incentive. Pour faire découvrir leur île, telle qu’ils la connaissent, à une clientèle d’hommes d’affaires. Ou à des commerciaux en quête d’aventure mais trop pressés pour oublier leur travail.

 

Ils ouvrent une porte sur la Corse. Après en avoir enfoncé plusieurs. Car peu ont cru en leur projet d’organiser des voyages d’affaires livrés clés en main. Mais à force de bonne volonté, on finit toujours par trouver. En allant d’agences de voyages en prestataires de service, François-Xavier et Jean-Philippe ont d’abord essuyé des refus de collaboration. Pas facile quand on élabore son business plan pendant un an. Et puis les clients finissent par mordre. Eux-même ont eu du mal à y croire : « Nous n’avions pas encore de local et nous les avons reçus dans ma propre chambre. A côté de mon lit, s’amuse François-Xavier. En moi, je me disais « s’ils voient l’endroit où ils envoient leur bon-pour-accord, on est morts ! »

 

Mais ça a marché. Pendant 3 mois, ils gardent le même « bureau » avant d’en trouver un vrai au 19, avenue Emile Sari. Deux tables en verre, deux ordinateurs dans 15m². « Nous n’avons pas besoin de beaucoup plus, sourit Jean-Philippe. En fait, notre terrain de jeu, c’est la Corse toute entière ». Et quelle Corse ! Celle du frisson à la mode authentique, proposée aux chefs d’entreprise qui veulent souder leur groupe. Ou bien récompenser leurs commerciaux. Traversée des Agriates en quad, survol de la vallée d’Asco en tyrolienne, journées en mer à bord de catamarans… Des packs suggèrent des idées mais il suffit de demander. Tout est à la carte, ou presque. « On n’a pas pu faire livrer un repas par hélico en pleine montagne, raconte François-Xavier. Mais dégoter des langoustes grillées en deux heures pour une ballade en mer, on sait faire ! » Il faut céder aux caprices du client, dans la mesure du possible. L’un d’eux a même demandé un Mystery Tour : aucun des participants ne savait le programme du séjour. Tout a été découvert au fur et à mesure, jusqu’au banquet organisé sur la plage de l’Ostriconi.

 

Les voyages proposés par Corse Incentive sont « timés » à la seconde près. Leurs clients viennent pour s’éclater, mais dans 80% des cas il faut aussi leur organiser des séquences de travail. « Et là, il ne faut pas se planter. Ils ont payé cher et sont très exigeants, souligne Jean-Philippe. Ca se joue parfois à un stylo près ». Car ils sont capables de monter une salle de travail n’importe où, même en extérieur. « Nous l’avons déjà fait dans une cave à vin et même à la plage ». Les deux jeunes hommes prennent plaisir à relever les défis imposés par leur clientèle.

 

Elle vient de France continentale bien sûr, mais aussi du reste de l’Europe. Belgique ou Allemagne. Des demandes sont même arrivées des Etats-Unis, mais il a fallu abandonner l’idée. Voyage trop compliqué. « C’est gros problème pour nous, affirme François-Xavier. L’île est mal desservie en matière de transport aérien. Un client qui vient du Luxembourg doit d’abord passer par Paris. Quant aux compagnies low cost, ça génère des réticences par crainte d’annulation des vols. Il existe bien des avions directs, mais les rotations sont sur 7 jours. Cela ne convient pas à ce qu’on propose ». Et pour cause, les séjours qu’ils organisent avec l’appui de CorsicaTours dépassent rarement 4 nuits. Les personnes qu’ils ont en charge sont théoriquement « au boulot ».

 

Même si François-Xavier et Jean-Philippe tentent de le leur faire oublier. Ils sont aux petits soins. Accueil à l’aéroport, transfert jusqu’à l’hôtel et sur les sites d’activités, quitte à y participer un peu, pour s’assurer que tout se déroule bien… N’allez pourtant pas croire que ces deux là passent leur temps à s’amuser. Non ! Ils sont partis avec « seulement » 5 000 euros. Un « défi jeune » gagné à la fac a apporté un peu de trésorerie. Le reste : de la Love Money comme ils l’appellent : l’argent prêté par la famille. Aujourd’hui, le capital a doublé et la société a réalisé près de 40 000 euros de chiffre d’affaires en 2009. Pas mal lorsqu’on est parti de loin.

 

« Le plus dur a été – et est encore – de se faire connaître, explique Jean-Philippe. 90% des clients passent par Internet ». « Nous avons-nous même créé notre site, ajoute François-Xavier ». Et bien sûr, à 25 et 28 ans, ils exploitent autant qu’ils le peuvent les fameux réseaux sociaux. Leurs dernières infos sont sur Twitter. Leurs vidéos, postées sur Facebook. C’est sûrement là, leur avance. Donner envie à un public jeune d’oser l’Incentive : l’escapade de quelques jours pour motiver une équipe.

 

Chacun a sa petite expérience du monde de l’entreprise. Jean-Philippe était auparavant au service marketing du Sporting club de Bastia. François-Xavier était associé dans une boîte de production et de distribution de DVD. Ils ont tout laissé tomber, sans oublier qu’ils sont issus de bancs de la fac Corte. « Elle nous a parrainés. Le réseau de profs nous a soutenus et Antoine Aïello, le président, n’a pas oublié que nous sommes des enfants de l’université de Corse ». Logique tant les deux compères cherchent à mettre en avant les merveilles de leur île. Et contribuent à la faire connaître. La chose n’est pourtant pas aisée face à la rude concurrence de l’Espagne ou du Maroc, destinations leader de l’Incentive en Europe. « Eux, ils ont peut-être des grands complexes hôteliers, mais chez nous les séjours ont un caractère humain ».

 

C’est même grâce à ça que la Corse tire son épingle du jeu en période de crise financière. « Avant, le credo de nos clients potentiels c’était « luxe, hédonisme, bien-être », commente Jean-Philippe. Aujourd’hui, c’est « réduction des coûts, authenticité ». Là, la Corse a sa carte à jouer ». D’autant plus que les « destinations Incentive » permettent d’alimenter le tourisme hors-saison. Jean-Philippe et François-Xavier le constatent chaque année : ils ne sont « sur le terrain » que d’avril à juin et de septembre à octobre. En été, les entreprises sont fermées, donc ne font pas appel à eux. Quant aux prestataires de services, avec qui ils travaillent pour offrir leurs activités, ils sont surbookés par la saison estivale. Le reste du temps, notre doublette établit des devis et démarche ses potentiels clients. Pour mener 20 à 30 opérations chaque année. Parfois avec 200 personnes à gérer. Mais ça, c’est presque un détail. Leur seul souci aujourd’hui, c’est de réparer leur machine à café à capsules.

 

http://www.corse-incentive.com/

 

Publié dans Corsica

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