La défense est à la parole

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Du 10 au 15 décembre, l’association Une minute de soleil en plus organise à Bastia la 9e édition de son cycle de rencontres, « Parole vive ».

 

Les mots sont au singulier. Sans « s ». Pour pouvoir prononcer le nom de la manifestation aussi bien en corse qu’en français. Et pour assurer des échanges en toute sobriété. De la philo dans le plus simple appareil en somme. Pourtant, les débats, eux, sont pluriels. Trois conférences autour d’une même thématique : l’argent. « Tout d’abord parce qu’il fallait bien trouver quelque chose, s’amuse Raoul Locatelli, l’un des organisateurs. Mais aussi parce que plusieurs participants nous ont parfois rappelé que nous ne parlions jamais d’économie ». Ce sera chose faite, après les cinq jours de « Parole Vive », articulés autour de trois grandes questions.


La première : « Comment penser l’argent ? » « On sait dépenser l’argent, sourit Virginie Cervoni, présidente de l’association Une minute de soleil en plus. Jean-François Pietri, professeur agrégé de philosophie, nous expliquera comment différents sages l’ont conceptualisé au cours de l’histoire ». Avec cet argent « que l’on idolâtre ou que l’on méprise, dixit Raoul Locatelli, nous allons peut-être vers la seule alternative au libéralisme : un capitalisme plus juste, plus social ». Derrière ces grands mots, la manifestation ne se veut pas élitiste. Bien au contraire. « Nous cherchons à toucher un public le plus large possible en faisant venir de grands spécialistes, capables de se mettre à la portée de tous », insiste Virginie Cervoni. Parmi eux cette année, Charles-Henri Filippi, ancien P-D.G. de la banque HSBC France et Marc Guillaume, professeur d’Economie à l’Université Paris-Dauphine. A eux la lourde charge de répondre à la deuxième interrogation : « Peut-on contrôler l’argent ? » « Je n’ai pas lu tous leurs écrits, sourit Raoul Locatelli, mais je pense qu’ils estiment que le capitalisme est inéluctable ».


A l’inverse, Bernard Friot, professeur émérite à l’Université Paris Ouest Nanterre, apportera le contrepoids après avoir collaboré avec Jean-Luc Mélanchon. Nul doute qu’il saura susciter le débat lors de la conférence du 13 décembre et qui aura pour thème : « Quel argent pour les retraites ? » « Nous pensions que le contexte politique s’y prêtait. Que c’était le bon moment pour en parler », commentent Virginie Cervoni et Raoul Locatelli.


D’ailleurs pour lui, l’argent, « dans le système bancaire est abstrait. Ce n’est qu’un jeu d’écritures ». Alors, ils vont aussi jouer avec les mots, comme ils en ont l’habitude à chaque édition de Parole vive. Avec cette année une lecture d’un texte d’Albert Camus, en l’honneur du 50e anniversaire de la mort de l’auteur. « Il nous a semblé qu’aucune manifestation n’était organisée en Corse pour cette occasion », souligne la présidente de l’association. Alors l’argent s’efface. Et laisse place aux écrits de l’essayiste et philosophe, lus par Michel Ange Torrent-Turi. « Ces textes sont intitulés Noces et L’été, des œuvres de jeunesse, peu connues, où Camus est encore dans la jubilation et l’épicurisme, avant qu’il ne tourne au pessimisme », commente Raoul Locatelli.

 

Une lecture qui ne sera pas le seul exercice de style de ces rencontres puisque les journées se clôtureront le 15 décembre par un récital de chansons de Léo Ferré interprétées par Annick Cisaruk. Là encore, aucun lien avec l’argent, même si le chanteur devait bien avoir une opinion là-dessus. Non, c’est plus une affaire de goût personnel des organisateurs. Voire même de liens affectifs qu’ils ont tissés avec le poète né à Monaco. « Il y a une histoire de compagnonnage entre lui et nous. C’était un ami que nous avions invité en Corse 3 ou 4 fois ». Et puis, ils ont bien sûr été touchés par la façon dont la jeune comédienne a su se réapproprier les paroles de Léo l’anarchiste. « Un travail plus que pertinent souligne Raoul Locatelli. Annick Cisaruk n’a pas eu le réflexe de copier-coller qu’ont les chanteurs lorsqu’ils font une reprise ». Tout à fait dans l’esprit recherché par Une minute de soleil en plus. Une bande d’amis unis par la passion des mots. « Portés par le goût de la philo, de la pensée et de la rhétorique ». Et qui, le temps d’une semaine, n’ont pas du tout envie d’aller voir ce qu’il y a à la télé.

 

Parole vive, du 11 au 15 décembre à Bastia

Les 10 et 14 décembre à Prunelli-di-Fium’orbu

Renseignements et réservations au 04 95 32 47 75 

 

Publié dans Corsica

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