La gauche pliée en quatre

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Ils partirent à 4 en négociations et ils se virent à quatre en arrivant au vote. Le Front de gauche tient sa ligne. Les chefs de file radicaux, eux, vont de petites piques en tentatives d’apaisement.

 

Simon Renucci aura essayé. Il la voulait à tout prix sa « Convergence à gauche pour une union régionale ». Mais elles sont bien loin les entrevues qu’il organisait en catimini, comme celle du 10 septembre dans une auberge d’Ajaccio, avec la vieille garde du PRG : Emile Zuccarelli et Nicolas Alfonsi. Oubliées, les rencontres sous l’œil des journalistes à Corte, le 20 septembre en compagnie de Paul Giacobbi. En six mois, les quatre hommes ne se sont montrés qu’une fois ensemble, en public le 15 novembre à Corte. Pour se tirer dans les pattes 10 jours plus tard. Et ils ont fini par prendre chacun leur chemin.

 

Le maire de Bastia a été le dernier à se déclarer. « Last but not least » a-t-il précisé. « C’est la preuve que nous voulons réfléchir », surenchérit son colistier, Nicolas Alfonsi, pendant qu’Emile Zuccarelli échange des SMS avec son fils, Jean, installé au fond de la salle. Le père d’un hochement de tête semble approuver le message écrit, avant de délivrer le sien. Oral : « Nous appartenons à la gauche et nous nous opposons à la politique sociale et fiscale du gouvernement. Notre discours est clair ». Autrement dit celui des autres est flou.

 

Il faut dire que le « j’irai, j’irai pas au gouvernement » du président du Conseil général de Haute-Corse a irrité au sein de sa famille politique. Lui, un radical de gauche dans un gouvernement UMP ! Les murs ont dû trembler au fond de la Place Saint-Nicolas. Pas tout à fait la crise des missiles, mais presque. Il aura fallu une erreur du site Internet du gouvernement pour que les bateaux, chargés des ambitions ministérielles de Paul Giacobbi, fassent demi-tour au large du Cap Corse. Mais rien ne dit qu’ils sont rentrés au port. Le président du Conseil général de Haute-Corse a beau le marteler à qui veut l’entendre, son « Je n’entrerai pas au gouvernement après le prochain remaniement ministériel », ne semble pas convaincre. Rien ne dit qu’il ne filera pas un coup de main à la droite pour qu’elle conserve la région en échange d’un maroquin à Paris. Rien ne dit non plus qu’une union avec les nationalistes modérés soit totalement écartée.

 

Alors Paul Giacobbi joue l’apaisement dans les couloirs du Conseil général face à la fronde d’une poignée d’élus du canton de Bastia. Ils le tiennent pour responsable si la gauche n’est pas parvenue à s’entendre. Ce à quoi le président répond qu’au « second tour, sa liste aura pour vocation unique de fusionner avec 3 autres et avec aucune autre ». La gauche, toute la gauche et rien que la gauche ? Levez la main droite et dites « je le jure ».

 

Un point d’entente tout de même, celui qui arrivera en tête le soir du 14 mars conduira l’union. Avec une petite nuance pour Emile Zuccarelli : « Si ma liste est devant, elle sera structurante. Les autres ne sont pas insupportables ». Et si sa liste est derrière ? Alors, il n’en faut pas plus pour que le souvenir des territoriales de 2004 ressurgisse. Du temps où le maire de Bastia, leader de la gauche avec « La Corse dans la République », refusait toute concession pour barrer la route à Paul Giacobbi. Avec une rancœur de plus cette année, le cas Emmanuelle de Gentili. Pourtant adjointe socialiste au maire de Bastia elle sera 2e sur la liste Giacobbi. Quand le PS déshabille Emile pour habiller Paul.

 

Simon Renucci convergera finalement tout seul, après avoir tourné le dos à Emile Zuccarelli. Mais il remettra tout de même sa logique en route pour le second tour. Après tout, une « plateforme » n’a-t-elle pas été adoptée le 15 novembre à Corte…

 

Et le Front de gauche emmené par Dominique Bucchini dans tout ça ? Il garde sa ligne. Ne se perd pas en guerres intestines et est en campagne depuis longtemps. Sur le terrain, bien loin des batailles d’egos. Les premiers colistiers ont été dévoilés rapidement avec un axe de programme clair et sans surprise : « Nous voulons réussir à gauche sur un contenu antilibéral contre Sarkozy et sa politique relayée en Corse par le tandem Santini – Rocca-Serra. C'est cela l'enjeu premier : sanctionner la politique gouvernementale et battre la droite en Corse », affirme Dominique Bucchini. Il se permet même d’afficher sa différence : « Je crois avoir été le seul candidat de gauche à être resté à l’assemblée de Corse après avoir été élu en 2004. Et sur le dernier budget présenté par la droite, nous avons été les seuls à voter contre. » Quant à l’impossibilité de s’unir dès le 1er tour, il prend cela avec philosophie : « il fallait permettre à chaque formation, non pas de se déchirer par des primaires internes incompréhensibles mais de pouvoir présenter ses options, de défendre son bilan. Tout en prenant l'engagement de se rassembler au second tour en y travaillant suffisamment tôt ». En gros, tout de suite et sans trop se taper dessus pendant la campagne au risque d’apparaître désunis, sauf pour Emile Zuccarelli : « Désunis, désunis… On est pluriels ! »

 

Publié dans Corsica

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