La guerre des toits à lieu à Calvi

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Financer la construction de logements sociaux par la vente d’appartements de luxe, c’est l’idée qu’Ange Santini, maire de la « Semper fidelis », est en train de mettre en place. Contre l’avis d’une poignée d’opposants.

 

Au départ, c’est un terrain qui sert aux boulistes. Coincé entre route nationale, centre commercial et pinède. Cinq hectares en tout, que la municipalité a été contrainte d’acheter par décision de justice en 1997. 2,7 millions d’euros, sortis de la poche des Calvais. Alors il faut bien en faire quelque chose. Et pourquoi pas des logements dans cette ville où la pression immobilière est si forte que le prix du m² flirte parfois avec les 6 000 euros ? A ce prix là, difficile pour un jeune couple de pouvoir prétendre à l’achat de son premier logement. Alors, Ange Santini propose de réaliser sur ce « terrain vague », une résidence de luxe, Les Rivages de Calvi, vue mer et tutti quanti. De vendre les appartements au prix du marché – plutôt fort – pour le compte de la municipalité. Et de réinjecter, « jusqu’au dernier euro de bénéfice », dans la construction de logements sociaux, à des prix défiant toute concurrence. 1 900 euros le m² pour une villa avec jardin à Campo Longo. Quasiment le même prix pour un appartement à Cardellu. 114 toits en tout. Voilà Ange Santini habillé de son plus beau costume de Robin des bois.


Mais une poignée d’opposants, une soixantaine, tente de tâcher son bel habit vert. En défendant l’environnement. Une partie du terrain destiné à la construction des Rivages de Calvi serait situé sur la pinède : un site classé et donc protégé. « Une délibération du conseil municipal datant de septembre dernier aurait permis d’étendre la portion constructible », affirme Anne-Laure Cristofari du collectif contre la spéculation et pour le droit au logement. Faux pour Ange Santini qui décoche sa première flèche, documents officiels et plans à l’appui : « C’est un terrain qui ne souffre d’aucune protection. Il n’y a rien dessus. Il n’y a pas d’arbres. Il est à quelque 300 mètres de la mer. Sur ces 5 hectares, la moitié est constructible. Oui, 1 ha est boisé, mais on n’en parle même pas : nous l’avons rendu inconstructible ». En gros, le terrain est situé juste en bordure de la pinède. L’architecte des bâtiments de France a même donné un avis favorable à la construction. « Des documents sortis d’un chapeau au dernier moment, pour Anne-Laure Cristofari. De sorte que personne n’ait le temps de se retourner ». Pourtant, les règles de publicité légale « ont été respectées, selon Ange Santini. Nous avons affiché le permis de construire sur le terrain et en mairie. On a attendu l’expiration du délai de 2 mois, personne ne s’est manifesté. Parce que devant un tribunal, ils ne peuvent pas gagner ».


Les Rivages de Calvi, ce sont 97 logements décrits par les encarts publicitaires comme étant « situés sur la plage ». A eux seuls, ils sont susceptibles de générer un bénéfice de 5 à 6 millions d’euros. Le collectif agite donc le spectre de la spéculation. Et alerte sur le fait que ces appartements ne sont destinés qu’à une certaine élite, venue du Continent, capable de débourser sans trop compter. Ange Santini assume : « Je leur réponds oui ! C’est fait pour ceux qui peuvent acheter au prix du marché. Corses ou pas corses. Comme toutes les promotions immobilières. Sauf que celle-là, elle rapporte aux corses et pas à un particulier. Et si on pouvait mettre le prix de l’Oasis à 10 000 euros le m², on le ferait ».


Au passage, la Semexval touchera entre 2,5 et 5% du bénéfice. Le reste servira intégralement  à financer le programme d’accession à la propriété de Cardello et Campo Longo. Les prix d’achat y sont réduits à tel point, que chaque logement génère un déficit de 20 000 à 40 000 euros. 2,5 millions en tout qui ne pourraient être déboursés sans les ventes réalisées près de la pinède. « C’est du chantage dénonce, Anne-Laure Cristofari. Nous ne voulons pas de ce modèle de développement pour Calvi. Le droit au logement est un droit fondamental, maintenant il ne faut pas laisser massacrer les espaces naturels sous couvert de construire des logements sociaux. La Semexval est une société privée, qui fait du bénéfice. Ce n’est pas une entreprise philanthropique. On spécule et après la spéculation finance le social. C’est quand même immoral ». Mais pour Ange Santini, « La vraie spéculation, c’est celui qui achète en dessous du prix de revient. Le pire dans tout cela, c’est que c’est la seule opération immobilière de Corse, qui est tout sauf une opération spéculative. Si ça c’est à décrier. Il ne faut plus construire en Corse. Parce que celle-ci est parfaitement légale, et en plus elle est publique ». Le maire de Calvi l’avoue, « elle lui plaît bien cette image de Robin des bois ».

 

Publié dans Corsica

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