La Haute-Corse sur les fondations de Giacobbi

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Promis à la gauche et à la Majorité départementale, le Conseil général ne devrait même pas esquisser le moindre signe de vacillement.

 

Sur la place du marché à Bastia, lieu de vie principal du 1er canton, Jean-Louis Milani serre des louches à tout va. Gilles Simeoni distribue son journal de campagne pour aider Michel Castellani. Et Aïda Joseph, candidate sortie d’un chapeau pour le Mouvement écologiste indépendant est encore invisible. Difficile de faire vivre la thématique écolo en plein centre-ville. Et puis, dans cette campagne, les électeurs semblent plus intéressés par le cours de la boutargue à la Bourse di u mercà que par celui qui les représentera à l’Hôtel du département. D’autant que Paul Giacobbi semble avoir laissé son empreinte pour longtemps sous la coupole de la vallée du Fango.

 

Sur les 30 cantons, 14 sont renouvelables. Et il y a peu de chances pour que l’un d’entre eux bascule. A commencer par celui de Venaco. Le fief giacobbiste par excellence votera pour la deuxième fois en trois mois. Le 5 décembre dernier, il a fallu convoquer les électeurs après la démission du président du Conseil général. Michel Mezzadri y a été élu pour un mandat express mais avec un score soviétique – ou chiraquien c’est selon – de 80,6%. Malgré les importantes précipitations de cet hiver, le Tavignano n’aura sûrement pas fait couler assez d’eau sous les ponts. Peu de chances pour que la tendance s’inverse. Le maire de Venaco devrait donc conserver son siège.

 

Autre certitude, celle d’une page qui se tourne à Sagro-di-Santa-Giulia. Jean Motroni lâche un fauteuil qu’il occupe depuis 1973. Avec un successeur désigné, Ange-Pierre Vivoni. Comme ses collègues, le maire de Sisco n’a pas reçu d’étiquette officielle « Majorité départementale » mais un soutien de la part des non-sortants. Dans le camp d’en-face, pas d’investiture non plus. Là, il semblerait que les candidats cherchent à se défaire de la baisse de popularité du président de la République. Ils boudent l’étiquette UMP préférant celle, plus neutre du « Divers droite » (DVD) qui évite aussi d’être associé à la cuisante défaite aux territoriales de l’an dernier. Mais comme chacun le sait sur ce genre de scrutin, « ce n’est pas la couleur politique qui importe ; c’est l’homme ». L’opposition devrait donc conserver, sans trop de mal les quatre sièges qu’elle remet en jeu. Avec sûrement une jolie bataille à prévoir dans le Ier canton de Bastia. Si Jean-Louis Milani, sortant, part favori, il devra se méfier d’une possible percée nationaliste avec des candidats Femu a Corsica/Inseme per Bastia qui testent leur popularité dans le coin, en vue des prochaines municipales.

 

Le coup de théâtre de cette élection pourrait finalement venir de la Conca d’Oru. Le sortant, Claudy Olmeta (DVD), sera opposé à un autre candidat de droite, Jean-Pierre Leccia, maire d’Oletta et président de la communauté de communes. Quitte à faire le jeu de la gauche. Embouteillage de candidats libéraux près de Saint-Florent, mais pas d’opposant à la majorité départementale à Corte. La ville paraît même être l’objet d’un deal entre Pierre Ghionga et Tony Sindali. « A toi le canton, à moi la mairie », puisque le conseiller exécutif n’aura aucun candidat de droite face à lui. La cité paoline présente en effet la particularité d’avoir le même découpage électoral et donc les mêmes électeurs aux deux scrutins. Et leurs habitants ont beau être au centre de l’île, ces petits farceurs ont le cœur qui tangue un coup à gauche, un coup à droite au gré des scrutins… Autre canton où le scrutin devrait se dérouler sans trop de bouleversements, c’est dans celui de Niolu-Omessa. La gauche va devoir la jouer fine pour espérer aller tirer les moustaches de Jean-Baptiste Castellani, indéboulonnable depuis 1992.

 

Toutes ces batailles sont peut-être racontées par idiot, mais elles devraient se jouer sans bruit ni fureur. Et ne conduiront à aucun Waterloo. Notamment parce que certains se perdront sur des routes en piteux état. Des chemins de traverse qui sont au centre de la campagne puisque chacun aborde la modernisation du réseau. Joseph Castelli, lui, peut continuer sur sa voie toute tracée puisque son siège du canton de Vescovato ne sera renouvelé qu’en 2014. Il devrait donc conserver la présidence du département. Si rien ne tremble, forcément, rien ne bouge.

 

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