La JIRS fourre son nez au Conseil général de Haute-Corse

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Dans une enquête sur des soupçons de blanchiment d’argent dans la région de Marseille, les magistrats ont découvert une ramification en Corse. Avec capotes et marchés truqués.

 

La petite combine dure depuis près de 10 ans. Pierre Olmeta commande des préservatifs, par milliers, pour sensibiliser les collégiens aux MST. Parfois même, il achète des brumisateurs pour les campagnes de préventions contre les risques liés à la canicule. Ou des piluliers, là aussi pour assister les personnes âgées. Des achats passés pour le compte du département, avec le carnet de chèques de la D.D.I.S.S. (Direction départementale des interventions sanitaires et sociales) qu’il dirige, mais facturés bien au-delà de la valeur réelle des produits. Comme des lots de capotes à usage féminin, réglés a des prix allant jusqu’à 9 fois leur valeur réelle. 98 000 euros, contre 12 000 € en réalité.


A chaque fois, il prend bien soin de ne pas dépasser les 200 000€ de commandes. Un plafond qui lui évite d’avoir à lancer des appels d’offre. Et qui surtout lui laisse une entière liberté dans le choix des fournisseurs. Des entreprises, marseillaises pour la plupart, certaines gérées par un de ses cousins et qui ne livrent en fait qu’une partie des objets contre un paiement entier des factures. Reste à savoir où est réellement passé l’argent du département et s’il y a eu enrichissement personnel de la part de Pierre Olmeta ou de ses complices présumés. Le haut fonctionnaire a été mis en examen pour « détournement de fonds publics et favoritisme ». Et écroué à la prison des Baumettes. A ses côtés, quatre gérants marseillais, supposés proches du caïd Bernard Barresi. Et Damien Amoretti, chef d’entreprise à Gardanne soupçonné de « faux et escroquerie ». Lui et ses hommes de paille auraient frauduleusement passé plusieurs marchés de textile, de biens d'équipement avec le Conseil général de Haute-Corse depuis de nombreuses années.


Neuf ans en tout. De 2001 à 2010, pour plus de 2 millions d’euros détournés. Difficile à croire, même dans les rangs de l’opposition départementale, qui s’emploie à minimiser le rôle joué par le directeur de la D.I.S.S. « Paul Olmeta est un type fort sympathique et très compétent », s’attache à souligner Ange Fraticelli, président du groupe Union libérale de progrès. Même constat chez Claude Flori, élu du même groupe, pour qui la somme de 2 millions d’euros « semble beaucoup trop importante. Si les produits commandés valent 100 € et qu’il n’est livré que pour 50 €, le détournement n’est que de 50 € ». Vrai pour le calcul. Mais le détournement total semble bien atteindre les 2 millions… Alors Ange Fraticelli cherche à trouver les causes : « Je n’ai pas de jugement à porter, mais ces opérations sont passées entre toutes les mailles. Il y a bien un responsable des marchés, une commission des finances, un directeur général des services… Forcément, il y a eu quelques légèretés au niveau du contrôle, même s’il n’est pas systématiquement imposé ».


Alors pendant trois jours, gardes-à-vue et invitations se sont multipliées à la demande de la J.I.R.S. de Marseille. Des allées et venues de hauts-fonctionnaires du Conseil général, injoignables pendant trois jours : « Ils sont en déplacement à l’extérieur », précisaient leurs secrétariats respectifs. L’un d’eux a même été mis en examen. François-Dominique de Peretti, actuel directeur de cabinet de Paul Giacobbi à l’Exécutif. Il occupait le même poste au département, mais il ne semblerait inquiété que pour avoir posé sa signature sur un document validant l’achat de fournitures de bureau. Surfacturées. « C'est une mise en examen pour le moins surprenante pour Me Pascal Garbarini, avocat du sherpa de Paul Giacobbi. Mon client est un politique, pas un administratif. Il lui arrivait de s'occuper des marchés, de préparer le cahier des charges, mais toujours en relation étroite avec le service concerné. Il lui arrivait d'en signer, mais en pleine régularité. » Quoi qu’il en soit, son implication supposée serait sans commune mesure, ni réel lien avec les détournements de fonds de la D.D.I.S.S.


Ils ne sont en effet que la ramification corse d’un réseau complexe de sociétés écrans, filiales d’entreprises basées en Espagne ou dans des paradis fiscaux comme l’Etat américain du Delaware. Bien loin des préoccupations de Joseph Castelli, nouveau président du Conseil général de Haute-Corse. Il se serait bien passé de voir débarquer les gendarmes le jour de son installation.

 

Publié dans Corsica

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