La SNCM penche pour une remise à plat du système de la DSP

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

La compagnie co-détenue par l’Etat et Véolia prône la dénonciation amiable de la Délégation de service public. Et propose des nouvelles règles.

 

2011 n’a pas dérogé à la règle. La SNCM a connu une grève. Et quelle grève ! Un conflit de 47 jours, le plus long de l’histoire de la compagnie, pour rien ou presque, si ce n’est fragiliser encore un peu plus « l’outil de travail » cher à la CGT et au Sammm. Trop cher. 15 millions de perte d’exploitation en 2010. Alors, ce mois et demi sans aucune rotation risque de plonger un peu plus les bateaux blancs dans l’asphyxie. Ils ne parviennent pas à tirer leur épingle du jeu avec le système de DSP actuel, prévu pour durer jusqu’en décembre 2013. Et demandent sa remise en cause, avant échéance. « Les compagnies sont dans une situation très difficile, assure Marc Dufour, directeur général de la SNCM. L’évolution du prix du carburant et le développement de la concurrence font que les recettes ont diminué. Or, le principe d’une DSP est de mettre à charge des contraintes aux délégataires, tout en étant équilibrée, sans générer de déficit ». Les pertes sont bien là. Pour la compagnie comme pour la CTC qui devra réindexer la compensation allouée aux armateurs pour aider à l’achat de gasoil. Peut-être 16 millions de plus pour l’année. « Je ne suis pas convaincu que l’OTC soit en mesure d’honorer la facture de combustible », commente poliment Marc Dufour. En gros, remettre en cause la DSP avant son terme arrangerait à la fois sa compagnie et la Collectivité territoriale de Corse. « Il faut mettre un terme aux conditions d’un marché déséquilibré », dit-il.

 

Les négociations se poursuivent à l’amiable avec l’Exécutif, et rares sont ceux qui veulent entrer dans les détails. Mais il serait bien possible que les futures règles d’organisation de la desserte maritime de la Corse fassent la part belle aux cargos-mixtes. Paul-Marie Bartoli, président de l’Office des transports ne souhaitant plus subventionner les ferries. Du côté de la SNCM, cette éventualité semble déplaire : « Ce serait une erreur pour la qualité de la desserte car ces bateaux rendent un service incontournable lié à l’hyper saisonnalité du trafic », rejette Marc Dufour. Sans compter les emplois attachés aux deux navires exclus de fait de la future DSP. 600 personnes en tout. « Je ne suis pas sûr que nous puissions assumer un tel séisme », précise le directeur général de la compagnie.

 

Mais l’OTC dispose dans ses cartons d’une mesure susceptible d’intéresser la SNCM. Tout en contournant les grèves à répétition du port de Marseille. C’est d’étendre la DSP, aujourd’hui cantonnée à la Cité phocéenne, jusqu’aux quais de Toulon. Et là, Marc Dufour semble intéressé : « Ces deux unités sont un seul et même marchés. Nous le voyons parce qu’il y a un phénomène de siphonage entre les deux plates-formes. En plus de raccourcir les trajets de deux heures avec la Corse – et donc les coûts en carburant –, le port du Var présente l’avantage d’être plus petit, avec des services annexes moins chers. De son côté, Marseille dispose de capacités logistiques considérables ».

 

Reste la question des tarifs. Et là, la SNCM tente un gros coup, celui de proposer un tarif résident, comme pour le transport aérien. Un prix du billet réduit qui implique une perte de rentabilité. « Pour compenser cela, affirme Marc Dufour, il suffirait de supprimer l’aide sociale aux passagers. Et cela coûterait moins cher à la Collectivité ». Pas sûr que tout le monde soit d’accord.

 

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Publié dans Corsica

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