La valse des déremboursements

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Vignettes blanches, bleues ou orange. Et puis plus rien. Chaque année, plusieurs catégories de médicaments sont déremboursés. Et c’est le portefeuille du patient qui vire au rouge.

 

A chaque couleur son taux de remboursement. 100%, 65%, 35% et 15%. Et si un produit vient à passer dans la classe inférieure, il y a fort à parier qu’il sera encore moins pris en charge par la Sécu l’année suivante. « C’est comme ça, prévient Jean-Louis Leonetti, président du syndicat des pharmaciens de Haute-Corse. Quand un médicament passe de 35 à 15%, nous sommes sûrs qu’il sera entièrement déremboursé l’année qui suit ». Et les vagues sont importantes. Près de 200 remèdes sortent ainsi tous les ans de la liste de l’Assurance maladie. Des anti-inflammatoires, des antiacides, des laxatifs, des vasodilatateurs, des analgésiques… Tout y passe. « Cette année encore, de nombreux tranquillisants vont sortir de la liste alors qu’ils rendent de grands services, précise le pharmacien ». Ce sera vraisemblablement le cas du Stresam ou de l’Equanil. Avec le même sort pour leurs génériques.


Du coup, le patient a du mal à comprendre pourquoi son médecin continue de le lui prescrire. « Certains n’hésitent pas à faire des impasses médicamenteuses, souligne Jean-Louis Leonetti. Ils se présentent avec leur ordonnance mais repartent avec un traitement incomplet en disant : « si ça ne va pas mieux, je reviendrais prendre ce qui me manque. En attendant, je vais me soigner sans ». C’est une erreur. Ce n’est pas parce qu’un médicament n’est plus pris en charge qu’il perd de son efficacité, précise le pharmacien». Bien au contraire. Certains d’entre eux, comme les antis diarrhéiques ou anti-infectieux n’auraient même jamais dû être totalement déremboursés. « Pendant les épidémies de gastro-entérite par exemple, on ne peut pas faire autrement que de les utiliser, affirme le président du syndicat des pharmaciens. Mais là où le patient souffre le plus financièrement, c’est sur les pathologies courantes. Tout ce qui touche à la sphère ORL est très mal pris en charge, à part les antibiotiques. Il nous arrive de voir passer des ordonnances entières qui ne sont pas remboursables ! ». Dans ces cas là, le patient avance aujourd’hui 50 à 60% des frais contre 5 à 10% il y a seulement une quinzaine d’années.


En parallèle, les mutuelles répercutent l’effort qui leur est demandé sur les cotisations de leurs adhérents en fonction des remboursements partiels. Et le patient met une fois de plus la main à la poche. « Certains malades lorsqu’ils se présentent en officine, envisagent même d’abandonner leur complémentaire santé, rapporte le pharmacien. Mais nous les décourageons de le faire. Et parfois ils se contentent d’une couverture a minima ».


Nous semblons donc nous diriger vers une médecine qui ne prend en charge que les grosses pathologies. Sous couvert d’économies, le gouvernement estime donc que certaines maladies guérissent avec un peu de temps. Au bout de 10 jours, bien au chaud à la maison et sans travail. La mode est donc à l’automédication, à coups de paracétamol par exemple. Une molécule de « première nécessité », mais pas remboursée, aussi efficace pour un nourrisson que pour un vieillard. La plupart du temps et pour des pathologies bénignes, s’en faire une petite cure peut éviter deux à trois heures d’attente chez un généraliste qui de toute façon finira par en prescrire.


Mais 100 à 200 médicaments déremboursés chaque année, « ce sont de fausses économies pour Jean-Louis Leonetti. Ce n’est pas comme cela que l’on comblera le trou de la Sécu. Ces vagues permettent de gagner quelques centaines de millions d’euros alors qu’il manque plusieurs milliards pour renflouer l’Assurance maladie ». La preuve aujourd’hui, il parvient, avec ses confrères, à vendre près de 80% de médicaments génériques. Ils sont beaucoup moins chers, pourtant, le déficit continue d’augmenter.


Comme le bénéfice des laboratoires pharmaceutiques. Car lorsqu’un produit est totalement déremboursé, son prix subit immédiatement une augmentation : le ministère de la Santé n’a plus d’emprise sur lui. Les laboratoires estiment alors que le fait qu’il ne soit plus pris en charge va faire chuter les ventes. En même temps, le gouvernement applique une hausse de T.V.A. de 2,1% à 5,5%, pour un prix final de 15% à 30% supérieur. Cette réaction est « logique » pour le pharmacien. Puisque dès qu’une molécule est « libre », elle rejoint la valeur qui est la sienne sur l’ensemble du marché européen. « En France les labos sont mis sous pression par le gouvernement ». Avec une conséquence non-négligeable : les médicaments vendus dans le pays sont les moins chers d’Europe.

 

Publié dans Corsica

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