Le FLNC renoue avec les conférences de presse clandestines

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Vingt-cinq militants corses ont fait une mise au point sur la mort d'un des leurs. Ils se voulaient menaçants.

 

CORSE Les insulaires avaient perdu l’habitude de voir apparaître les militants encagoulés. La dernière fois qu’ils ont eu droit à leur photo dans la presse locale, c’était en juin 2010. Une poignée d’hommes en treillis s’exprimait alors sur les récents résultats des élections territoriales. Le discours se voulait politique, non violent. Dimanche soir, le ton a changé. Vingt-cinq militants, tous vêtus de jeans et de vestes noires, visages masqués, sont apparus dans une forêt près du village de Pruno, à 50 kilomètres au sud de Bastia. Dans leurs mains, des fusils d’assaut et des lance-roquettes. Et, cette fois, s’ils prennent la parole, c’est pour « rendre hommage à un militant historique de [leur] organisation » : Charles-Philippe Paoli, tué le 29 juin dernier alors qu’il circulait au guidon de son scooter. Ce membre de l’exécutif du parti Corsica Libera était considéré comme l’un des plus proches lieutenants de l’ancien leader indépendantiste Charles Pieri, lui-même soupçonné de liens étroits avec le grand banditisme local. Deux jours avant ce meurtre, un engin explosif détruisait un centre touristique en construction. Paoli gérait la société de B.T.P. en charge des travaux. Le sigle F.L.N.C. était retrouvé sur les murs encore debouts.

 

Un attentat doublé d’un guet-apens contre un des leurs. Les militants clandestins semblaient tenus de faire cette mise au point nocturne. « Nous démentons toute participation à l’attentat contre ce complexe ». Le porte-parole grimé apporte même une précision : « l’assassinat » de Charles-Philippe Paoli a été commis par « un groupe mafieux ». Avant de poursuivre : « notre organisation saura faire face à cette agression. […] Ceux qui ont accompli cet acte n’ont pas mesuré sa portée ni ses conséquences ».

 

Une menace qui plane comme un doute sur la réelle puissance de feu du Front de libération nationale corse. Et un « hommage » qui prend des accents d’oraison funèbre pour leur militant, quelques jours après ses obsèques. Car le F.L.N.C. ne se présente plus depuis longtemps, les jours d’enterrements, à la sortie des églises. Trop de policiers, trop de journalistes. Ils font cela loin des regards, comme la dernière fois en janvier 2010 autour de la tombe de Vincent Stagnara, avocat historique du mouvement.

 

Publié dans Le Figaro

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