« Le football corse a un supplément d’âme »

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Président de la Ligue corse de football et membre du Conseil fédéral de la « 3F », Marc Riolacci analyse cette insolente réussite des clubs insulaires cette saison.

 

Comment analysez-vous le succès des clubs corses cette année. Vraie réussite, ou concours de circonstances ?

C’est un peu des deux. C’est vrai qu’en début de saison, à part peut-être pour le Sporting, on ne présageait pas d’un aussi bon comportement. Ensuite, les matchs se sont enchainés favorablement. Sans vouloir diminuer le mérite de l’A.C.A., il y a peut-être eu un concours de circonstances en ce qui les concerne. Aucune équipe n’a réellement mis la main sur le championnat de Ligue 2. Jusqu’au bout ils étaient cinq ou six à pouvoir prétendre à la montée. Au contraire des autres années où il y avait souvent un cador qui était devant et éteignait tout de suite le championnat. Mais il y a aussi eu un effort de structuration qui a été réalisé. Avec moins de choses clinquantes. Exemple avec le G.F.C.O.A. qui a recruté très modestement. Le Sporting aussi a été intelligent. Pour l’A.C.A., la formule a été bonne alors qu’ils avaient l’effectif le plus réduit de Ligue 2. C’est peut-être Calvi qui dans une poule difficile en C.F.A. 2 a montré le plus de constance. Donc peu de renforts mais des arrivées de qualité. Un recrutement parfois local. Les dirigeants se sont raffermis. Et un public qui a suivi. C’est un tout.

 

Y a-t-il une recette du football corse ou n’est-ce qu’un fantasme identitaire ?

Il y a un supplément d’âme. Presqu’un chromosome supplémentaire (rires). Le foot est une culture en Corse. Dans les petits villages l’hiver on parle de chasse et de foot. Même s’ils ne vont pas au stade, les gens sont au courant de tout ce qui se passe, jusqu’aux championnats régionaux. Si on a un entraîneur, un président et un public à l’unisson, ça facilite le tout. C’est vrai que le football corse du temps du Gazélec, c’était une défense de fer et puis quelques artistes devant. Avec le Sporting, il y a eu une évolution avec des artistes à tous les niveaux, mais ce n’était plus la défense qui était le point fort. Je ne parlerai pas de style corse, où quand on dit ça, on parle de « hourrah football », de « mettre le pied »… Ca a largement diminué.

 

Comment avez-vous vécu cette saison de réussites ?

L’A.C.A. quand on les voyait jouer donnait l’impression « d’un très bon mais peut mieux faire ». Mais on ne les voyait pas dans la peau d’un leader, si ce n’est l’homogénéité dans la fin de parcours qui a permis de surpasser certains adversaires qui avaient des budgets deux à trois fois plus importants. Sans faire de folies, tous nos clubs n’ont pas versé dans les défauts de certains clubs de mercenaires. Il y a toujours dans chacune de ces équipes quatre ou cinq joueurs qui s’identifient au club. Qui ne sont pas de la à chair ballon et qui ont vraiment l’amour du maillot.

 

Un regret j’imagine que le C.A.B. ait échoué de peu… Qu’est-ce qui leur a manqué ?

C’est pour eux que j’avais le plus d’inquiétude en début de saison. Ils étaient dans une poule où il y avait trois clubs de niveau supérieur. Et en plus, ils ont eu la malchance de perdre un match sur tapis-vert alors qu’ils étaient en pôle position. Ils ont fait quasiment un carton plein à domicile. La montée était à leur portée, ils n’ont peut-être pas réalisé, jusqu’à la mi-saison, que l’accession était possible. Certains de leur adversaire étaient aussi des réserves de pros qui ont mis le paquet en fin de saison. Et des équipes de banlieue parisienne très motivées !

 

Belle réussite aussi pour une sélection Corse avec une victoire 1-0 en fin de saison contre la Bulgarie !

Pour certains joueurs et notamment pour les « expatriés », porter ce maillot revêt une importance. Ils ont parfois à compenser un déficit d’identité et c’est parfois ceux qui se battent le plus. Mais, c’est quand même intéressant de voir la prestation de cette Squadra Corsa face à une équipe qui n’est pas la première venue. L’expérience peut-être renouvelée, mais il ne faut pas tomber dans les excès et le lyrisme à toutes fins. Même si certains de mes collègues présidents de Ligue sont un peu jaloux. On n’imagine pas une équipe de pros bourguignons défendre le maillot avec la même ardeur…

 

C’était une si belle réussite cette Squadra Corsa, que vous avez évoqué la possibilité, après ce match, pour la Corse de disputer une compétition internationale. Vous étiez sérieux ?

Ca doit se faire à petits pas. On ne peut absolument pas raisonner par rapport à la Nouvelle-Calédonie. Mais cela passe par une longue période d’adaptation et de compréhension mutuelle. C’est vrai que ce Corse-Bulgarie est une petite pierre sur le chemin qui pourrait être accompli. Tout peut évoluer. C’est un dossier à suivre à condition de ne pas brûler les étapes. Dans un sens, cette sélection insulaire est agréée par la Fédération française de football, même si elle ne tient pas à ce que cela se multiplie un peu partout. Mais le président de la F.F.F. est breton, alors pourquoi ne pas lui proposer un match Bretagne-Corse ?

 

Revenons à nos clubs. Avec chaque montée se pose de façon récurrente la question des infrastructures. On l’a vu avec l’A.C.A. Il y a aussi la validation des comptes par la D.N.C.G. qui pèse à chaque fin de saison. Peut-on résoudre ces problèmes définitivement ?

Fatalement, dans toute période euphorisante d’une montée, le stade est un peu laissé de côté. Mais c’est à ce moment qu’on se rend compte que les tribunes vont être trop petites… Mais il ne faut pas perdre de vue qu’actuellement, c’est la sécurité qui prime sur la contenance. En ce qui concerne les finances, c’est le lot de tous les clubs, même amateurs. On se rend compte que la Corse n’est pas extensible en termes de sponsors. Les collectivités vont faire encore des efforts mais là, la manne publique va surtout aller vers les clubs de haut-niveau, au détriment des équipes amateurs.

 

Deux clubs corses en Ligue 1 comme on l’a connu, est-ce viable ?

Ca me semble disproportionné dans la conjoncture actuelle avec les budgets qui sont ceux des équipes de L1. Si c’est pour jouer les faire-valoir et se retrouver très vite dans les trois derniers, ce n’est pas souhaitable. Il vaut mieux un club qui joue le haut de tableau de L2, qu’un autre qui va faire l’ascenseur. Maintenant s’il y a un mécène quelque part qui prend en charge un club de L1… Personnellement, je ne le souhaite pas. Il faut savoir faire avec ce que l’on a.

 

Vos attentes pour la saison prochaine ?

L’A.C.A. peut se maintenir. Bastia doit théoriquement se maintenir, tout comme le Gazélec. Le début de la saison ne devrait pas être trop inquiétant pour eux. Mais c’est l’A.C.A. qui devra serrer les boulons. Calvi, on est dans l’inconnue. Et le C.A.B. devrait, sans problème, rester dans la première partie du tableau.

 

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