Les tombes reprennent vie sous le pinceau d’Urela

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Trop sinistres nos cimetières. Plus maintenant. Une jeune femme et son compagnon ont décidé de se lancer dans la rénovation de caveaux. Du simple coup de propre à la déco, A ferla rhabille les morts de pied en croix.

 

« Infatigablement. De nécropoles en nécropoles. De pierres tombales en monuments. » Georges Brassens passait ainsi la brosse à reluire sur les sépultures. Urela Graziani, le fait avec une brosse à dents. « C’est pour la minutie du travail, lorsqu’il faut frotter les lettres ou dans les petits coins », sourit-elle. Cette jeune femme de trente ans faufile sa fine silhouette entre les cyprès, avec un seau et quelques outils en main. Une truelle, une raclette. Un peu d’enduit et d’huile de coude pour aider les tombes à faire de vieux os. Pour l’instant, ce n’est que de la petite maçonnerie. « Remplacer des carreaux de toit. Reboucher la stèle si elle prend l’eau. Nettoyer les jardinières. Je ne suis quand même pas dans le bâtiment ! ». Pas encore.

 

Mais ni elle, ni son compagnon, Roch Giorgi, ne sont impatients. Si leur entreprise, A ferla (la férule en corse), n’existe que depuis deux mois, l’idée de rénover les caveaux n’est pas récente. Elle a germé dans la tête de Dominique, le père d’Urela, il y a trois ans. Il constatait alors les ravages du temps sur la concession familiale. Et sur la plupart de celles qui l’entourent. « 80% des tombeaux ont besoin ne serait-ce que d’un petit rafraîchissement, note la jeune femme. Beaucoup de familles vivent sur le continent et ont leurs défunts en Corse. Ils ne peuvent pas entretenir les tombes toute l’année. Nous, on le leur propose ». Car le service ne s’arrête pas aux réparations. Les tombes peuvent être fleuries et nettoyées en votre absence. Toute l’année.

 

Urela veut sortir les sépultures de leur tristesse. « Mais vu la tête des cimetières ici, les mentalités vont avoir du mal à changer », soupire-t-elle. Hors de question pourtant de faire dans l’extravagance. Simplement peut-être, redonner vie à des tombes sans âme. En s’inspirant de différents voyages. « A Gênes, chaque caveau est une œuvre d’art. Le Christ et des scènes de la Bible y sont souvent représentés par de belles mosaïques de couleur. A la Réunion, la pierre n’est pas du tout  utilisée. La parcelle est simplement recouverte de fleurs colorées. Ce sont des lieux où on a envie de se promener. On n’y est pas mal à l’aise. Chez nous, c’est marbre et chrysanthèmes ! ».

 

Alors elle veut proposer sa petite touche. Décorer les jardinières avec des coquillages. Utiliser la pierre de Nonza comme ornement de façade. Et pourquoi pas installer de petites enveloppes pour glisser un petit mot au défunt. Une prière.

 

Derrière ses longs cheveux noirs, Urela, Graziani n’accorde aucune fascination à la mort. Grand Dieu non ! Elle avoue même ne pas être « rassurée à certains moments. Mais s’il fait gris et que l’endroit devient sinistre j’appelle mon père. Ou bien je prends sur moi ». A passer sa vie dans un cimetière, on finit par faire des concessions.

 

http://www.aferla.vpweb.fr

 

Publié dans Corsica

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