Marche ou grimpe!

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Avec quatorze sentiers, dont le GR20, la Corse se révèle être un paradis pour les amateurs de montagne. Tous les niveaux de difficulté sont proposés aux 30 000 marcheurs annuels. Des fondus de performance sportive aux profils bien différents.

 

Ils semblent habiter dans leurs sacs. Le cheveu ébouriffé et les joues creusées par l’effort. Le mollet, lui, est sec comme un coup de trique. Le bronzage, agricole. Certains ne prennent même pas le temps de profiter du bord de mer. A peine sortis de l’avion, direction la gare pour rejoindre Calvi. Puis Calenzana et l’Oratoire Saint-Antoine-de-Padoue. C’est le dernier bâtiment avant la première balise du GR20. Le prochain refuge, Ortu di Piobbu, est à six heures de marche sur des sentiers en pierre. Pas de quoi impressionner Kristin et Siri. Ces deux étudiantes norvégiennes ne semblent pas savoir ce qui les attend. « J’ai lu un livre d’Alf Brÿn, un auteur de chez nous, écrit en 1910, sur la montagne et les bandits corses. Depuis, j’ai toujours rêvé de connaître cette île. Alors, après quatre jours de plage, nous partons marcher », confie l’une d’elles. Leur objectif : quatre étapes, parmi les plus dures, jusqu’au Monte Cinto. Elles se sont préparées « simplement en mangeant des tablettes de chocolat », plaisantent-elles. En fait, ces deux jeunes filles veulent uniquement « décompresser après une longue session d’examens. Et puis, nous aimons quand c’est difficile », précise Siri. Dans leur sac, le strict minimum. Un duvet, des rechanges et quelques boîtes de thon. « Nous avons un petit budget. Hormis quelques bières, nous ferons peu de dépenses sur le parcours ». Elles semblent expérimentées, avec déjà plusieurs randonnées à leur actif, en Sardaigne, en Nouvelle-Zélande ou en Slovaquie. Pourtant, elles partent en plein midi. Sous un soleil de plomb. Pile à l’heure où les plus aguerris arrivent.


Après 9 jours de marche depuis Vizzavona, un groupe de quatre amis parisiens – accessoirement collègues de travail – touche enfin au but. Sourires aux lèvres, ils ne sont pas des plaisantins. Altimètres au poignet, GPS en bandoulière, T-Shirt Quechua… Leurs sacs, « allégés au maximum », pèsent moins de 15 kilos. A l’intérieur, un duvet, trois tricots, une polaire, un coupe-vent, trois paires de chaussettes, une lampe, un couteau, un gros bouquin et une réserve d’eau. Parés à toute éventualité, même celle de se déplacer à la boussole dans le brouillard, ils ont affronté la neige sans sourciller.


-         La galère ?

-         « Non, la difficulté c’est un peu ce qu’on recherche. Personne ne nous a forcés à venir. », sourit Martial.

-         « Ce qu’on recherche chaque année en faisant une randonnée entre amis, c’est l’envie de se dépasser », ajoute Dominique.


Vu les gabarits, ils auraient pu faire le parcours en autonomie totale. Mais non. Ils ont opté pour la formule luxe. Repas et nuits passées au refuge, lorsque d’autres bivouaquent et préparent leur tambouille lyophilisée. Ils se sont aussi permis de sauter une étape, en taxi, à cause des mauvaises conditions météo. Résultat, 500 € par personne, voyage compris. Et tout était prévu à l’avance. Jusqu’aux réservations de leurs couchages pour chacune des étapes.


Mais la montagne, c’est aussi l’occasion de se retrouver tout seul. Face à ses propres limites et aux horizons sans fin. C’est ce qu’a choisi Jonathan. Ce jeune journaliste de radio est venu du Québec, spécialement pour faire le GR20. Après un rapide passage par l’Alsace, il a pris un train jusqu’à Marseille. Puis s’est embarqué, avec tout son barda, sur un ferry pour Bastia. Avant de prendre un bus pour Conca. De là, il a attaqué l’un des sentiers les plus durs d’Europe, par la face sud. La difficulté sera croissante pour lui. Le calcul est volontaire parce qu’il est venu avec une idée en tête : « avec mes collègues de travail nous préparons une course de relais à vélo. 1 135 kilomètres à parcourir. En plus, j’ai été désigné comme capitaine de l’équipe. Ce sera à moi de motiver tout le monde. Je n’ai donc pas le droit à l’erreur ». La rando pour lui, c’est donc une préparation physique tout en découvrant les paysages de l’île. Optant la plupart du temps pour le bivouac et les repas lyophilisés, il ne se refuse pas quelques nuits en refuge avec un plat chaud et une bonne bière. Décidément, tout le monde veut arroser son passage sur le sentier avec une mousse bien fraîche…


Pour Cécile et Jean-Baptiste, ce sera peut-être avec du Champagne. Car ce jeune couple, arrivé de région parisienne, a bel et bien choisi de s’embarquer sur le GR20 pour un voyage de noces ! Vous parlez d’un test… Les derniers ajustements de parcours ont été faits assis en terrasse sur la Place Saint-Nicolas, avant de se lancer pour 15 jours. Ils n’ont rien voulu laisser au hasard et on les comprend : « Nous souhaitons tout d’abord nous retrouver seuls, en pleine nature et avec de beaux paysages », souligne le jeune homme. Ils tenteront donc d’être les plus autonomes possibles. Sans pour autant galérer. « Mais nous n’aimons pas trop dormir avec du monde autour de nous. C’est pourquoi nous dormirons le plus possible dans notre tente », précise Cécile. Mais contrairement à ceux qui font le choix de bivouaquer plutôt que de dormir au refuge, eux n’ont pas lésiné sur les moyens. « Notre abri et nos vestes ont coûté près de 400 € chacun. Cet équipement servira aussi pour nos randonnées futures », ajoute Jean-Baptiste. Budget total 2 600 € pour trois semaines. Après 15 jours de montagne, les jeunes mariés vont tout de même s’accorder une semaine en bord de mer dans une villa prêtée par des amis. Hors de question pour eux de rentrer à Paris avec un bronzage de randonneur.

 

Publié dans Corsica

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