Médiation ouverte

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Christian Reboul occupe le poste de délégué du médiateur de la République depuis un peu plus d’un an. La décontraction au service des citoyens.

 

Le délégué du médiateur siège à la D.D.E. Au fond d’un couloir éclairé de néons, le bureau est signalé par une feuille scotchée sur la porte. Le nom, lui, est discrètement écrit sur une plaque : C. Reboul. La même que celle utilisée pour les autres membres du personnel de la direction de l’Equipement, pourtant il n’en fait pas partie. « Je n’ai de comptes à rendre à personne, sauf à mon supérieur qui est à Paris ». S’il est là, c’est parce qu’il y a un endroit de disponible pour lui.


Le « C », c’est pour Christian. Chaque mercredi, il attend dans cette pièce d’à peine 20 mètres carrés que les citoyens en litige avec les administrations viennent le consulter. Pas d’ordinateur. Quelques dossiers posés sur les étagères ou soigneusement classés sur son bureau. Et un téléphone. Rien de plus. Sinon son sourire, qu’il cache derrière un bouc grisonnant. Mais malgré l’endroit discret et une fonction mal connue, Christian Reboul reçoit 200 visites par an. « Je ne suis pourtant présent qu’un jour par semaine… » Des dossiers, il en voit donc autant qu’il existe de couleurs de pochettes. Et autant qu’il y a de sigles : R.M.I., R.S.A., C.A.F, E.D.F, I.C.H.N., A.U.P… « Certains je ne sais pas ce que ça veut dire », s’amuse-t-il. Mais il fouille car une grande partie des cas qu’il traite sont « liés à la détresse humaine. Aujourd’hui, je suis presque une assistante sociale. C’est 40% de mon activité », soupire-t-il. Son rôle est de tenter de régler les problèmes à l’amiable. La plupart du temps par courrier. Gratuitement. Et bénévolement.


Alors s’il peut faire économiser de l’argent, il ne s’en prive pas. Une fois sur deux, il prend le relai pour engager les réclamations. Taux de réussite : 71%. Comme pour cette femme venue le voir après la réception d’une facture de téléphone de 10 000 euros. « Elle était restée deux heures en conversation avec sa fille au Japon, mais l’opérateur n’avait pas prévenu dans le contrat que c’était une destination surtaxée », explique-t-il. Après son courrier, la facture a été annulée sans aller plus loin. Ce sont ces cas là qui, lui, l’enrichissent. Quand il arrive à rendre service.


« En général, les citoyens sont mal renseignés ou bien le fonctionnaire a mal interprété les textes, ce qui conduit à un désaccord. Ma principale utilité est donc de désengorger le tribunal administratif. Mais attention, nous ne sommes ni l’avocat du plaignant, ni le procureur de l’administration ! ». Christian Reboul ne justifie pourtant d’aucune formation juridique. Professeur des écoles à la retraite, il a occupé le fauteuil de maire d’Avapessa, en Balagne, pendant 37 ans. Autant dire que les rouages administratifs, ça le connaît. Même si il se considère comme « le délégué du médiateur le moins qualifié de tous les départements du Sud-est de la France ». Alors après une semaine de formation à Paris, il a été nommé en mars 2009, par Jean-Paul Delevoye. Cette fonction est « une marque de confiance et un honneur » pour lui. Si il l’a acceptée, c’est parce qu’il a « toujours été très actif ». Et cela se voit : à 70 ans, il en paraît 15 de moins. Peut-être parce qu’en plus de son activité intellectuelle, il s’entretient physiquement « en jouant aux boules », s’amuse-t-il, ses deux chevalières accompagnant le geste à la parole.


Et le verbe monte parfois aussi haut que la main : « il faut s’entretenir parce que si tout va bien, j’en ai encore pour 5 ans ! » Son mandat est renouvelable chaque année jusqu’à la limite d’âge pour exercer : 75 ans. Le temps pour lui de lutter contre les lenteurs de l’administration dans le département : « Je n’ai pas beaucoup plus d’activité que les autres délégués du médiateur, mais seulement, ici, ça traine souvent en longueur. Les délais de réponses dépassent parfois les 6 mois et parfois mes courriers restent lettres mortes ». Il en a récemment parlé au préfet. Et depuis ? « On dirait que ça répond un peu plus vite ! »

 

Publié dans Corsica

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