Noyades en série sur les plages de Balagne

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Les rouleaux de Corbara, appréciés des surfeurs, ont fait 4 morts cet été. Et provoqué en tout, plus de 200 interventions des sauveteurs en mer. L’an passé, il n’y avait eu qu’un mort pour seulement 44 sauvetages. Mais la mer a déjà fait 7 victimes en 2010.

 

Inconscience. Le mot a souvent été répété par les sauveteurs de Balagne. Visiblement, le bruit des vagues était trop fort et couvrait les consignes de sécurité. Pourtant, les alertes ont été nombreuses. Rien qu’au cours du week-end du 24 juillet, les pompiers de Corbara sont « sortis » à 74 reprises. « C’était un truc de fou !, raconte le sergent Stéphane Orticoni,  conseiller technique en sauvetage aquatique pour la Haute-Corse. Quand nous sortions les baigneurs de l’eau, au bord de la noyade, les vacanciers nous applaudissaient. Mais cinq minutes après, ce sont ceux qui nous félicitaient que nous allions chercher… »


A ce rythme là, le drame est vite arrivé. Cinq jours plus tard. Lorsqu’un jeune garçon de neuf ans est parti se baigner dans les rouleaux de Ghjunchitu. La plage n’est pas surveillée, mais elle se trouve entre celle de Bodri et d’Algajola qui affichent toutes les deux un drapeau rouge : baignade interdite. L’enfant se trouve rapidement en difficulté. Son père et un cousin se jettent à l’eau pour lui porter secours. Les deux adultes sont morts. Pourtant, les sauveteurs de la plage voisine ont tout tenté : « Quand on est arrivé, on a vu les trois personnes à l’eau, se souvient l’adjudant-chef Casanova. Une vague les a séparés et je suis allé sur l’enfant que l’on a ramené mais l’un des deux hommes avait disparu. L’autre on a tenté de le ranimer, mais c’était déjà fait… ». Le père est mort noyé. Le corps du troisième baigneur a été retrouvé, trois jours plus tard, par 7 mètres de profondeur. Emporté à 400 mètres de la plage par les courants.


Des courants particulièrement violents cette année. Une conséquence des fortes tempêtes de l’hiver. Les fonds, sablonneux aux abords des plages, ont été considérablement modifiés par la houle. Cela a créé des baïnes. Rares en Méditerranée parce que provoquées normalement par les marées. Ces cavités sous-marines sont traversées par de violents reflux. Et cela tire les nageurs vers le large. « Malgré les efforts et même si l’on n’est pas loin du bord, on nage mais on n’avance pas », précise l’adjudant-chef Casanova. Début août, ces pièges étaient nombreux sur les plages de Balagne. Les sapeurs-pompiers ont donc patrouillé, même sur les secteurs normalement non-surveillés comme à Ghjunchitu. En jet-ski et sur le sable. Mais les baigneurs, au lendemain de la double noyade, continuaient inconsciemment à jouer dans de puissants rouleaux. Avec des raisonnements qui font froid dans le dos : « Ma fille a quatre ans, elle sait nager. Exceptionnellement, elle mettra ses brassards », sourit ce père de famille. Plus loin, c’est un groupe de retraités qui sort de l’eau : « Nous allons dans l’eau avec nos époux qu’on présume forts », affirme Jocelyne avec aplomb et large sourire. Quant à Michel, il a bien vu le drapeau rouge, mais il est allé plonger « sans trop s’éloigner du bord »…

 

Résultat, encore une grosse vingtaine d’interventions en l’espace d’une demi-journée. Après deux morts, le comportement agace bien sûr les pompiers et en premier lieu le commandant Patrick Botey, responsable du groupement de Balagne. « Nous demandons aux adultes de faire sortir leurs enfants de l’eau, mais ils insistent et assurent qu’ils savent très bien nager. En faisant ça, on met en danger la vie des sauveteurs, mais aussi et surtout celle des vacanciers ». Des touristes assoiffés de loisirs qui, pour certains, ne sacrifieraient leur baignade pour rien au monde. « Cela les amuse même de nous voir avec les mêmes bouées que dans Alerte à Malibu », grogne un sauveteur. 90% des interventions concernent des aquastress. Des sortes de crises de panique qui surviennent lorsque le nageur sent qu’il ne parviendra pas à regagner le bord. Et qui risquent d’être encore fréquentes au cours du mois de septembre, avec des conditions climatiques instables. Le drapeau rouge pourrait bien faire son retour sur les plages de Balagne. Le plus navrant c’est qu’il faudra encore l’aide des gendarmes pour faire respecter les conseils des sauveteurs.

 

Publié dans Corsica

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