Paul Giacobbi, au nom du père

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

La famille vénacaise a donné ministres, députés et sénateurs. Paul, nouveau président du Conseil exécutif de Corse est peut-être le dernier du nom.

 

L’héritage qu’il porte est certainement le plus lourd. 121 ans de mandats ou de présence aux différents gouvernements de la France. En comptant les cumuls. Paul Giacobbi porte son nom sur les épaules, comme le cinquième d’une génération d’hommes politiques.  Un devoir plus qu’un fardeau. « Comme beaucoup de monde, je suis le fils de mon père, précise-t-il, timidement. Il y a sûrement une influence de sa part sur ma carrière politique ». Mais Paul n’a pas toujours envisagé de perpétuer une tradition qui fait que les Corses glissent, dans les urnes, des bulletins estampillés Giacobbi depuis 1898. « C’est un peu par hasard que je me suis lancé, peut-être un peu par bêtise. Mon père ne m’a jamais tellement poussé. Mais il me disait que ce serait pas mal d’y penser… »


Pourtant, dans la maison familiale de Venaco, « on parlait très peu politique ». François préférait plutôt discuter histoire de l’art ou musique. Paul a des goûts différents, moins portés sur la peinture et les lettres classiques. Et puis, le jeune garçon ne sait pas encore ce que veulent dire les mots « sénateur » ou « député ». « On ne réalise vraiment qu’à l’adolescence. Et puis à l’époque, il y avait très peu de médias. L’élu d’un canton, avait peu de chances de passer à la télé, donc il était difficile pour moi de percevoir concrètement l’action de mon père ». L’actuel président du Conseil exécutif de Corse n’a pas non plus grandi dans les couloirs du Sénat ni du Conseil général.


Il préfère se consacrer à ses études : lycées Louis-le-Grand et Henri IV ; Sciences po Paris ; l’E.N.A. Rien que ça. Le parcours rêvé de tout homme politique, mais lui se destine à la fonction publique. Il brigue tout de même la mairie de Venaco qu’il obtient en 1983. Puis le mandat de conseiller territorial trois ans plus tard. Mais que personne ne lui explique que c’est grâce à son père : « Quand on entre en politique à 25 ans, avec les études que j’ai faites, j’aurais très bien pu être élu député à Paris ! »


En 1997, à la mort de François Giacobbi, Paul est déjà conseiller exécutif. Il vient de quitter son poste de secrétaire général à l’Entreprise industrielle. « C’est à ce moment là que je me suis senti obligé de suivre le chemin de mon père. Je voulais retourner dans l’administration, mais à l’inspection générale, je m’emmerdais un peu. Donc, pourquoi ne pas faire de la politique un moment… ». Dans la lignée d’une famille de « centre-gauche », comme il se définit lui-même. « C’est une tradition chez nous et puis cela me convient très bien ». Les choses ont pourtant changé. « Mon arrière grand-père était antidreyfusard, ce n’est pas la meilleure idée qu’il ait eue ! Et heureusement les gens n’ont pas les mêmes idées qu’il y a 100 ans. J’ai un attachement plus fort à une plus grande autonomie de la Corse. Au contraire de mon père qui était très centralisateur », reconnaît Paul Giacobbi. S’il voit une continuité quelque part, c’est que dans sa famille, « il y a une tradition de désintéressement et de rigueur sur le plan personnel. Chez nous, on ne confond pas argent public et argent privé ».


Il ne pousse pas ses trois enfants vers la politique et assure même qu’aucun d’entre eux ne marchera sur ses traces. Et bien que cinquième du nom à solliciter les suffrages insulaires, il réfute toute idée de dynastie. « Ce mot suppose que la dévolution successorale se fait sans aucun problème. Or mon père a souvent été élu très difficilement. Et mon grand-père a été battu à la mairie de Venaco », précise-t-il. Une façon aussi de rappeler que les mandats ne sont pas éternels. Alors il compte sur son diamant : un poste de haut-fonctionnaire assuré par son parcours universitaire. Parce qu’il le répète, « la politique n’est pas un métier ». Peut-être même, pas « son » métier puisque Paul Giacobbi reconnaît que s’il n’y avait pas eu la mort de son père, il serait probablement professeur de Lettres. En France ou « pourquoi pas aux États-Unis. Ça  c’est un regret », soupire-t-il.

 

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