Quatre mises en examen et un président

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

 Ce pourrait être un titre de film anglais, mais les acteurs sont bien locaux. Au poste de metteur en scène, il y a le juge Duchaine de la JIRS de Marseille. Paul Giacobbi, lui, affirme n’être qu’un figurant.  

 

Le vent des boulets se rapprochait dangereusement du bâtiment amiral. Et si les premiers tirs ont touché une cible bien loin d’Ajaccio – au Conseil général de la Haute-Corse – les suivants ont semble-t-il fait mouche sur le flanc bâbord du cours Grandval. C’est donc l’enseigne de vaisseau Olmeta, aux commandes de la DDISS de Haute-Corse, qui détecte la première voie d’eau. Il est mis en examen pour détournements de fonds publics et favoritisme. Des marchés douteux, présumés frauduleux par le juge marseillais, et qui auraient Patrick Boudemaghe, cousin de Pierre Olmeta, comme personnage central. Pendant près de 10 ans, le même manège. Sous couvert d’action sociale, les services sanitaires du conseil général de la Haute-Corse lui commandent des éthylotests, des brumisateurs, des piluliers ou des préservatifs. A plus de cinquante reprises et en surfacturant les objets. Pour un détournement total avoisinant les deux millions d’euros. Une partie de l’argent aurait été rétribué à des élus. Et pas n’importe lesquels. Les deux plus proches collaborateurs du président Giacobbi, Dominique Domarchi et Dominique Viola, vice-amiraux de la flotte PRG. Eux aussi mis en examen dans cette affaire. Selon un PV de renseignement, c’est-à-dire une déposition non-signée, les deux hommes auraient reçu des pots-de-vin de 20 000 euros en liquide pour chaque marché arrangé. Depuis, Pierre Olmeta serait revenu sur ses déclarations, expliquant que, s’il en est arrivé à raconter cela aux enquêteurs, c’est « parce qu’il était sous pression ». Autre mis en examen dans cette affaire, François de Peretti, le directeur de cabinet et fidèle lieutenant du président de l’Exécutif.


Devant tous ces coups de semonce, le chef d’État-major Giacobbi n’a pas souhaité rester les bras croisés. Et attendre une éventuelle convocation de la part du juge Charles Duchaine. Au cours de l’émission Cuntrastu du 10 avril (réalisée avec nos confrères de Frequenza Mora et de France 3 Corse), il affirmait avoir été entendu par le magistrat marseillais. Le leader de la gauche insulaire aurait lui-même sollicité l’entretien : « Le juge m’a posé des questions et elles ne me concernaient pas. Monsieur Duchaine a établi qu’il n’y avait rien, ni de près, ni de loin à mon encontre. Et qu’il n’y a aucune incrimination d’aucune sorte », a martelé Paul Giacobbi.


L’affaire continue à faire des remous. Et le conseil général de la Haute-Corse tangue encore. L’institution, dirigée pendant 12 ans par l’homme fort de Venaco, est bel et bien secouée. Et l’unité qu’il avait instaurée, jusqu’à rallier des élus de l’opposition à son camp, est en train de vaciller. Cette fois, ce n’est pas le juge qui tire, mais un conseiller général de la majorité, Hyacinthe Matteï. Inattendu. Le maire de Monticello - et suppléant de Paul Giacobbi à l'assemblée nationale - quelque peu échaudé d’avoir été jeté par-dessus bord à la présidence de la commission des finances du Département, a décidé de mettre les pieds dans le plat. Et de balancer sur les ondes de RCFM d’autres pratiques en cours dans la vallée du Fango. Histoire d'aborder une autre facette du "système Giacobbi". Pour lui, « le Conseil général est un outil indispensable pour que le président de l’Exécutif de Corse soit réélu en tant que député. Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’aucun de mes amis et il y en a que je considère comme des frères, ne m’ont averti. Le pouvoir, ce sont les éminences grises qui l’ont." Facile de riposter une fois que l'on a été évincé lui reprochent certains. "J'avais pris la décision de quitter la majorité départementale parce que je ne peux pas cautionner ce qui se passe, rétorque-t-il après douze ans de service au Département. J’ai toujours critiqué ce système de l’intérieur."


Et l'agitation semble aussi gagner les rangs du Parti socialiste local. Sur son blog intitulé Ma part de vérité, Vincent Carlotti, secrétaire fédéral du PS de Haute-Corse se lâche : "Il aurait été au demeurant intéressant de savoir ce qui était reproché à Hyacinthe Matteï. Peut être de ne pas avoir voté Paul Giacobbi en 2010, de ne pas accepter sans broncher les agissements du “cabinet noir” du président, ou encore d’avoir une fâcheuse tendance à demander à tout bout de champ des explications au lieu de la fermer et d’encaisser ses subventions sans trop chercher à comprendre ? [...] Le plus drôle c’est que simultanément à cette démonstration féroce de pratiques clanistes on assiste à un festival de mains tendues et de courbettes de la part du président du conseil exécutif de Corse en direction de la famille nationaliste…"


Non, le plus drôle, c'est que Paul Giacobbi est arrivé à la tête de la Région avec le soutien du PS. Et que, hormis Claude Flori, peu de conseillers généraux de "l'opposition" ont sauté sur l'occasion et emboité le pas de Hyacinthe Matteï. En revanche, dans les rangs de la gauche, les chefs de bataillons ont peut-être fait passer le mot: "Messieurs de la majorité, tirez les premiers!" 

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Vincent Carlotti 27/08/2011 17:30



Pour ma part je n'avais pas trouvé cela drole du tout, et je l'avais fait savoir à Martine AUBRY par une lettre ouverte, qui n'a pas eu davanrage de réponse que celles qu'Arnaud Montebourg lui
avait adressé au sujet des agissements des frêres GUERINI. Moralité: si on ne chosiit pas ses parents, ses amis on peut les choisir...