Recrudescence de la violence en Corse

Publié le par Denis Nicolaï

Mercredi soir encore, un groupe d’au moins dix hommes cagoulés et armés a menacé le personnel d’un centre de vacances près de Bastia avant de faire sauter deux bâtiments du complexe.

 

 

CRIMINALITE Attentats en hausse, homicides en baisse. Mais toujours une constante : un matin sur trois, les Corses se réveillent en apprenant qu’un homme a été tué par balles ou qu’un bâtiment a été détruit dans une explosion. Avant-hier, c’est un village de vacances qui a été ciblé sur la commune de Castellare-di-Casinca, à 30 kilomètres au sud de Bastia. Peu après 18 heures, alors que la nuit vient de tomber, une dizaine de silhouettes quitte la pinède et s’approche des quelque 230 bungalows du Domaine d’Anghione. En basse saison, le lieu est désert. Les malfaiteurs repèrent vite les douze salariés du camp qui y vivent à l’année et les regroupent dans une maison à l’écart. « Pas de violence, pas de coups de feu, pas de blessés », relève Dominique Alzéari, le procureur de la République de Bastia. Ils semblent même avoir pris leur temps puisque près d’une heure s’est écoulée entre leur arrivée et les deux explosions. La villa du directeur du camp de vacances est éventrée. A quelques mètres, c’est le mur d’un entrepôt pour voitures de golf qui a volé en éclats. Les charges, de nature encore indéterminée, sont puissantes. « C’est l’un des attentats les plus graves que l’on ait connu depuis un moment, ajoute le magistrat. Tant sur le plan des dégâts que sur le mode opératoire qui est vraiment inquiétant ». 

 

Ce n’est pourtant pas un coup d’essai. 81 attaques à l’explosif ou tentatives ont été perpétrés cette année en Corse, contre 49 en 2009 selon la préfecture de l’île. Un chiffre en hausse qui marque une inversion de tendance. Car depuis 2007 et ses 180 passages à l’acte, le nombre a été quasiment divisé par deux tous les ans. Comme à Castellare-di-Casinca, la moitié est considérée comme « terroriste » par les services de police. Et si les administrations ne sont plus aujourd’hui visées, ce sont principalement des entreprises détenues par l’Etat (EDF, Kyrnolia), des résidences secondaires ou des complexes de vacances qui sont visées. Les nationalistes corses, durs ou modérés, estiment que ces dernières constructions favorisent une prétendue spéculation immobilière. A ce titre, le Domaine d’Anghione était même érigé en symbole le 13 novembre dernier par des élus autonomistes. Ils accusaient le propriétaire de vouloir revendre pour 33 millions d’euros un complexe acheté 3 millions en 2008.

 

A cette « violence politique », s’ajoute celle liée au grand banditisme. 14 règlements de comptes pour 31 homicides ou tentatives cette année. Cette fois, le chiffre est en baisse de 30% par rapport à 2009. Mais il masque une terrible réalité. Celle de 23 morts par balles en moyenne depuis 1995. Devant cette comptabilité macabre, les élus de l’assemblée de Corse ont organisé un débat public sur la violence, le 15 décembre dernier. Un meurtre et sept attentats ont été commis depuis.

Publié dans Le Figaro

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