Six personnes jugées pour avoir tenté de tuer Alain Orsoni

Publié le par Jacques Casoni

Leur procès, prévu pour durer cinq jours, s’ouvre aujourd’hui devant la 7e chambre correctionnelle de Marseille.

 

Des allées et venues. Des armes de gros calibre. Et une rumeur. Celle qui parcourt les cafés d’Ajaccio et qui veut que les proches d’Alain Orsoni, ancien militant nationaliste et président du club de football de la ville, s’opposent à la bande du « Petit bar ». Alors, quand Ange-Marie Michelosi, considéré comme le mentor de cette « équipe », est tué en juillet 2008, ses proches estiment que, si Alain Orsoni ne fait pas partie des commanditaires, il en est au moins informé. Trois jours durant, Jean-Toussaint Michelosi, frère de la victime, et cinq amis sont aperçus aux abords de lieux habituellement fréquentés par l’homme fort de l’A.C.A.

 

Le petit groupe se sent repéré et, se faisant passer pour des officiers de police, ose une fausse interpellation d’un agent de la PJ chargé de les surveiller. L’entreprise visant à tuer Alain Orsoni avorte, selon les enquêteurs. Pourtant, les six hommes ne sont pas poursuivis pour « tentative d’assassinat », mais pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un homicide volontaire en bande organisée ». Il n’y a pas de commencement d’exécution. La cible n’est que supposée. Ainsi, pour Me Jean-Michel Mariaggi, défenseur de Jean-Toussaint Michelosi, « il n’est pas question pour nous de nier l’association de malfaiteurs. Elle existe, mais le nom d’Alain Orsoni a été plaqué sur le dossier de façon artificielle après un renseignement anonyme. Je ne vois pas comment une personne extérieure peut avoir connaissance des enquêtes de police ». Aucun des prévenus ne reconnaît le projet d’assassinat. Même si Edmond Melicucci admet que, s’il était aux abords du stade François Coty ce soir là, « ce n’était pas pour aller ramasser des châtaignes ».

 

Le président de l’A.C.A., cible supposée, ne s’est pas porté partie civile. « Alain Orsoni a été l’objet de poursuites par la JIRS (1) de Marseille dont il contestait les méthodes, affirme son avocat, Me Antoine Sollacaro. Il n’est pas question pour lui de devenir un supplétif de l’accusation ».

 

Ces antagonismes ajacciens, ne sont pourtant qu’une facette de l’agitation qui règne au sein du milieu insulaire. L’extrême sud de la Corse et plus particulièrement la région de Sartène, fait l’objet d’une lutte pour la prise d’intérêts immobiliers. Le nord et les alentours de Bastia voient disparaître, un à un, les « barons » du gang de la Brise de mer. Résultat, encore 14 règlements de comptes en 2010. Pour Gilles Leclair, coordonnateur des services de sécurité intérieure de l’île, « la criminalité est un puits sans fond en Corse. Les pères font des fils qui reprennent le flambeau, constituant des dynasties du crime ». Malgré une baisse des homicides l’an passé, le rythme reste soutenu. Avec une moyenne de 23 meurtres par balles depuis 1995, l’île de Beauté reste l’une des régions d’Europe où l’on tue le plus.

 

 

(1)   Juridiction interrégionale spécialisée

Publié dans La Croix

Commenter cet article