Sous le soleil exactement, mais à poil…

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

La côte Est de l’île est devenue un endroit privilégié pour ceux qui souhaitent vivre leurs vacances dans le plus simple appareil. Chaque année, entre Moriani et Porto-Vecchio, 40 000 personnes pratiquent le naturisme.

 

Cinq minutes de piste en terre pour arriver à un check-point : une barrière automatique posée en travers d’un accès à la plage. Pour avoir le droit de passer de l’autre côté, il faut montrer patte blanche. Ou plutôt, bronzage intégral. De l’autre côté, un couple se promène au bord d’un étang, main dans la main. Leur seul vêtement est une paire de tongs. Leur âge, la trentaine. Mais impossible de trahir un quelconque rang social. C’est un peu ce que recherchent les naturistes. « Ici, il n’est pas question d’argent, affirme Marie-Claire Gaddoni, co-directrice du centre Riva Bella. Parfois, ce sont ceux qui ont le plus de moyens qui optent pour le séjour en camping. Des médecins ou des professeurs préfèrent le plus souvent la tente au bungalow. Tout ce qu’ils veulent, c’est être proche de la nature ». Mais pas dans l’esprit hippie. Selon elle, le naturisme est « en vogue » puisque même Marie-Claire, le magazine très BCBG, en a parlé. Et puis aujourd’hui, plus besoin de payer pour être à poil. Plus la peine d’acheter sa carte de naturiste à 35 Francs pour l’année. De là à dire que la pratique se démocratise…


Mais les adeptes sont là. Venus d’Europe du Nord bien sûr où le rapport à la nudité est différent : Hollandais, Allemands, Danois. « Pourtant, la clientèle n°1, ce sont les Français eux-mêmes », affirme Marie-Claire Gaddoni. Comme ces deux couples qui se retrouvent chaque année au Riva Bella. Marie-Claire et Jean-Claude viennent de Lyon. Ils sont retraités des Postes. Vivre nu le temps d’un été, ils y pensaient depuis quelques années. Et ont franchi le pas en 2002 en apprenant la maladie de l’un d’eux. Depuis, ils adoptent le costume du ver chaque été. Jean-Claude lui, vient de Lyon. Lui aussi est retraité. Ses complexes il les a « laissés en prenant le bateau à Toulon. A la consigne ! Comme ça, il y a moins de bagages à faire, s’amuse-t-il. J’ai découvert le naturisme il y a une trentaine d’années, complètement par hasard au Cap d’Agde. Mais aujourd’hui, là-bas, c’est pornographie et échangisme qui règnent ». Car l’ambiance n’est pas au club de rencontres dans les centres de l’île. La plupart des clients viennent passer leurs vacances en couple. Et avec l’habitude, la directrice a appris à reconnaître au téléphone les personnes qui ne seraient pas naturistes : « s’ils viennent pour rencontrer quelqu’un, je leur dit simplement d’aller au Club Med. Et s’ils espèrent qu’il se passe certaines choses, je peux leur dire qu’ils seront très déçus ! »


A l’image des people, ce que la clientèle naturiste recherche avant tout en Corse, c’est la tranquillité. Et contrairement aux « textiles » - ceux qui vont bêtement à la plage avec un maillot -, ils ne s’entassent pas au bord de l’eau. La plage du Riva Bella, n’est pas bondée. Comme si chacun respectait une distance de sécurité. Comme si la nudité poussait à la pudeur. Une chose est sûre à les écouter, « il n’y a aucune hypocrisie dans les regards. On a tous nos yeux tournés vers deux choses, s’amuse l’un d’eux : le soleil et la mer ». « On ne s’attarde pas sur les défauts et les qualités des autres, assure Marie-Claire. Certains même, on les admire parce qu’ils ne cachent par leurs défauts. L’autre jour, j’ai aperçu une femme qui avait subi une ablation du sein. Cela ne semblait pas la gêner. Et moi non plus… » Mais que se passe-t-il si le corps de l’autre est attirant ? La réponse est donnée par Pierre. Il est le professeur de gym du centre de vacances et il est l’un des rares à se balader en short dans l’enceinte du centre : « Culturellement, à la base, je ne suis pas naturiste. Mais j’ai constaté une chose, c’est qu’il y a beaucoup moins de regards obliques que sur une plage traditionnelle. Par exemple, une très jolie femme qui porte un string, si elle se promène sur la plage, tout le monde va la regarder. Parfois avec insistance. Et bien, si vous prenez la même femme sur une plage de naturistes, bien sûr que certains vont la regarder. Mais seulement quelques secondes. Le temps de se dire qu’elle est jolie mais sans aller plus loin… »


La nudité n’est pas obligatoire au centre Riva Bella. Elle-même interdite dans tous les commerces du centre. « Cela nous permet peut-être d’attirer une autre clientèle que les habitués, souligne Marie-Claire Gaddoni. Mais il y a tout de même un endroit où il faut impérativement être nu, c’est la plage ». Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est pour éviter les voyeurs. En gros, ceux qui refusent de se mettre à poil devant tout le monde, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher. « C’est même comme ça qu’on les reconnaît, sourit la directrice du centre. Bien souvent, ils sont détectés au bout de cinq minutes. Alors on leur demande gentiment d’aller 500 mètres plus loin, là où la plage est ouverte à tout le monde. De temps en temps on en repère un, mais ils sont vraiment très rares », rassure-t-elle.


D’autres se font de plus en plus fréquents. Ce sont les Corses eux-mêmes. Ils viennent chaque été grossir les rangs des naturistes et représentent près de 15% de la clientèle du Riva Bella. « Les autres plages ne me plaisent pas. Je les connais trop !, lance Marie. Mais je reconnais que les insulaires ne se vantent pas trop de pratiquer le naturisme ». A quelques mètres, Jean, 94 ans, fait figure d’habitué. Ses cheveux longs et son fin bandeau sur la tête trahissent sûrement un passé hippie chez cet ancien artiste lyrique. Cela fait un demi-siècle qu’il pratique : « C’est naturel, on ne sait pas pourquoi. C’est juste une philosophie. Un instinct de liberté. Ceux qui disent que nous sommes des tordus, ils parlent d’une chose qu’ils ne connaissent pas ». Chaque année, il opte pour un bungalow en bord de mer, avec tout le confort nécessaire. Mais pas dans les nouvelles villas estampillées « luxe ». Elles seules ont des rideaux imprimés façon « peau de zèbre ».

 

Publié dans Corsica

Commenter cet article