Tire-laines sous surveillance

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Avec un cambriolage toutes les 3 minutes en France, l’activité se porte bien. Trop bien même avec une augmentation de 10,7% sur l’ensemble de l’hexagone. Et la Corse ne déroge pas à ces statistiques de haut vol.

 

Le monte-en-l’air n’existe plus. Quant au gentleman cambrioleur, n’espérez pas le croiser en pleine nuit au détour de votre salon. Non. Les as de la dérobe préfèrent aujourd’hui la manière forte. Et même si certains ont la correction de se servir d’une fausse clé pour entrer, la plupart optent pour l’effraction. Et ne s’embarrassent pas de distinctions. Habitations ou locaux commerciaux, tout y passe.

 

« Depuis le début de cette année, il y a eu 822 cambriolages en Corse », selon Gilles Leclair, coordonnateur des services de sécurité intérieure de Corse. Une hausse de 13,7% par rapport à 2008 et l’année n’est pas encore finie. Il faut dire que la saison estivale a été particulièrement fructueuse pour des voleurs qui ont bien rempli leurs sacs. A défaut d’être pris la main dedans. Rien qu’au mois d’août en Haute-Corse, la rapine s’est envolée de 65%. « On peut supposer que nous sommes là face un phénomène de délinquance déportée », analyse Gilles Leclair. En été, la population de l’île est multipliée par 10. Les touristes fortunés sont attirés par le soleil. Les malfaiteurs par ce qui brille.

 

Alors, ils n’hésitent pas à cibler leur clientèle pour marauder dans les beaux quartiers de l’île. Ou plutôt, les régions touristiques. « Si Bastia et Ajaccio restent deux grands pôles, nous avons, bien sûr, beaucoup d’affaires dans l’extrême sud, à Bonifacio et Porto-Vecchio. Ainsi qu’en Balagne, note le coordonnateur des services de sécurité. Mais cela ne concerne pas uniquement les cambriolages. La fréquentation importante de ces zones attire le client. Pour toute sorte de délinquance. Je ne dis pas qu’une maison isolée ne sera pas visitée, mais bon… »

 

La quantité de cambrioleurs n’implique pas nécessairement leur qualité en matière de critique d’art. « Nous ne voyons pas beaucoup de tableaux de maîtres, ou d’objets  de grande valeur précise Gilles Leclair. C’est essentiellement de la Hi-fi - écrans plats ou ordinateurs – qui est dérobée. Avec un cas particulier pour l’île : les armes disparaissent en grand nombre. Un cambrioleur est un peu comme un braqueur de banque, il prend ce qu’il trouve. Et comme il y a beaucoup d’armes ici… »

 

Contrairement à 2008, c’est la Haute-Corse qui détient pour l’instant la palme des « casses ». 431 vols, chiffre en cours, contre 309 l’année dernière. En Corse-du-Sud, la tendance est à la baisse : 414 locaux ou appartements « visités » l’an dernier, pour 391 en 2009.

 

Alors pour enrayer le phénomène de hausse générale, les départements sont maintenant dotés de cellules anti-cambriolages (C.A.C.). Services de police et de gendarmerie se réunissent une fois par semaine pour analyser le comportement des casseurs. « Déterminer les créneaux horaires où les malfaiteurs agissent, les secteurs qu’ils privilégient… Cela nous permet de mieux cibler nos rondes », explique Gilles Leclair. Après un peu plus d’un mois d’existence, il est encore tôt pour établir une première tendance. Mais les services de sécurité entendent bien se servir de ce nouvel outil pour améliorer des résultats déjà en nette progression. « Par rapport à 2008, et avant l’entrée en service des C.A.C. nous avons multiplié par deux notre taux d’élucidation des cambriolages. Il est d’environ 15% sur toute l’île (18% en Haute-Corse, 11% en Corse-du-Sud). Soit 123 faits résolus au cours de l’année. »

 

Une progression réalisée notamment grâce à l’implication grandissante des services de la police technique et de l’identité judiciaire. « L’empreinte génétique est vraiment un plus dans ce type d’affaires. Nos bases de données s’enrichissent. Ce qui fait qu’avec des traces inconnues au moment où on les prélève, on peut avoir, plusieurs mois plus tard, un rapprochement sur une autre affaire », précise le responsable de la sécurité dans l’île. Car très souvent, les cambrioleurs sont des habitués de la chose. Cela ne signifie pas qu’ils sont toujours très adroits. Le dernier à avoir tenté de passer par les toits s’est cassé le bras en tentant de fuir la police…

 

Publié dans Corsica

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