Un communiste président de l’Assemblée de Corse

Publié le par Jacques Casoni

La semaine dernière, les nouveaux élus insulaires ont entériné le basculement définitif à gauche de la région en élisant Paul Giacobbi et Dominique Bucchini à la tête de l’institution.

 

B comme Bucchini. L’ordre alphabétique en a décidé. Et donné un privilège au communiste historique de l’île : celui d’assister à sa propre élection, assis au premier rang. Juste en face du perchoir qu’il va occuper pour quatre ans. Il semble impatient de s’y installer. Jeudi pour la séance inaugurale, il était le premier à prendre place dans l’hémicycle.


Pendant une demi-heure, il s’est imprégné de l’atmosphère de cette salle. Comme pour mieux la présider par la suite. Malgré les craintes, son installation à la tête de l’Assemblée de Corse était jouée d’avance. Il le sait : « Je suis très serein. Nous abordons cette première séance avec beaucoup de force tranquille ». Et de décontraction. Il est le seul conseiller territorial à avoir tombé la veste. Il ne l’enfilera qu’une fois le dernier vote en sa faveur dépouillé. 24 voix sur 51, son élection s’est faite à la majorité relative, mais dans l’absolu, sa victoire est une révolution. La région corse était pilotée depuis 26 ans par la droite. « C’est enfin l’occasion de faire entrer le social à l’Assemblée de Corse », martèle-t-il dans les couloirs.


Karl Marx n’entre pas pour autant au pouvoir. Le communisme façon Bucchini n’est pas marqué du drapeau rouge. Mais plutôt du sceau de la Resistance, où l’extrême-gauche insulaire trouve ses racines. Alors, pour son premier discours de président, il se réfère à Jean Nicoli, figure insulaire de cette période, décapité en 1943 par les occupants italiens.


Dumè aime bien les coups d’éclats et reste fidèle à sa réputation « d’homme intègre ». Comme lors de la campagne lorsqu’il soupçonne ouvertement l’entourage de certains candidats. « En Corse, c’est une évidence : il y a une catégorie de gens qui recycle l’argent sale, qui achète des brasseries et des boîtes de nuit… on se retrouve avec 28 meurtres par an. Cette catégorie de personnes va entrer à l’assemblée de Corse. Elles sont sur les listes ! ». Bucchini ne donne pas de noms, « je ne suis pas un délateur ». Ni une grande gueule, mais une gueule tout court. Un visage allongé, surmonté d’un crâne dégarni et éclairé par un œil malicieux. Tout le monde le connaît dans les couloirs du « parlement » ajaccien. Et pour cause, l’ancien maire emblématique de Sartène y siège sans discontinuité depuis sa création en 1982. Le député UMP Sauveur Gandolfi-Scheit reconnaît toutefois « qu’il peut se refermer sur certains dossiers comme celui de la fonction publique. Dominique est parfois un peu stalinien, c’est un mot qu’il admet ». Mais aussi un « homme agréable qui aime bien chanter dans les petites réunions ». De préférence sur un air révolutionnaire. « Bellaciao » aussi commence par un B.

Publié dans La Croix

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